VESTIGES D’UN AVION ALLEMAND DÉTERRÉS

Le conservateur du Grand Bunker – musée du Mur de l’Atlantique à Ouistreham, vient de faire la découverte, dans un herbage près de Moyaux : son équipe a déterré les restes d’un avion allemand abattu en juin 1944 pendant la Bataille de Normandie.

Fabrice Corbin, conservateur Musée de Ouistreham, vient de faire une sacrée trouvaille, dans un herbage situé à l’est de Lisieux, entre Moyaux et Ouilly-du-Houley. Aidé de son équipe, il vient de déterré les vestiges d’un chasseur Focke Wulf, un avion allemand vraisemblablement abattu pendant la Bataille de Normandie, en juin 1944. Dans la carlingue, les hommes ont découvert les ossements d’un pilote de la Luftwaffe, resté prisonnier de son engin.

C’est sur la foi de témoignage de Fabrice Corbin, son frère Laurent et Eddy Eudes un autre bénévole, ont décidé de creuser dans cet herbage, au lieu-dit du Pouplin. Didier Hachet, l’un des témoins, se souvient : « Nous venions de finir de manger, ce jour-là, quand on a vu arrivé un avion. Ils se sont mitraillés avec un autre engin et l’avion a éclaté. J’avais quatorze ans. Mon frère et moi, on est allés voir : il y avait plein d’éclats. Quand on est arrivé sur les lieux du crash, un soldat allemand était là. Il avait posé sa bicyclette et observait la scène. Ca fumait de partout. On a eu peur de l’allemand alors on est repartis. »

Pendant soixante ans, l’avion est resté là. Le trou avait été rebouché. « Et puis avec le soixantième anniversaire du débarquement, célébré avec les autorités allemandes, les langues se sont dédiées. Et un témoin m’a contacté, explique Fabrice Corbin. Ca le tracassait, cet allemand laissé sans sépulture. » Les fouilles ont commencé un vendredi et le dimanche qui a suivi, ceux qui se qualifient « d’archéologues modernes » ont trouvé des objets ayant appartenu au pilote. « Un pistolet Walter automatique, un couteau de survie, fracassé par les chocs et puis sa montre et les éléments du parachute qu’il n’a jamais ouvert.

A sept mètres de profondeurs, les chercheurs ont découvert le moteur, le compas de l’avion, le système radio et une carte plastifiée à demi-brulée, couvrant les rives de la Manche, de Londres à la Normandie. « C’est un peu comme une chasse au trésor », raconte Fabrice Corbin. Surtout, les trois hommes ont trouvé la croix de fer du soldat, tordue sur ce qui restait de son corps. « Nous allons avertir le cimetière allemand. Ce que l’on aimerait, c’est retrouver sa plaque, pour savoir qui il était. Alors, nous pourrions essayer de contacter sa famille. »

EXPERTISE DES OSSEMENTS D'UN SOLDAT INCONNU

Les restes d’un pilote de la Luftwaffe ont été remis au cimetière de la Cambe.

Lucien Tisserand est conservateur au plus grand cimetière militaire allemand de Normandie, à la Cambe, où sont enterrés 21400 soldats allemands. Mercredi 7 juin 2006, Brigitte Corbin et Philippe Azouz, lui ont remis les ossements d’un aviateur allemand dont l’identité reste à découvrir. C’est Fabrice Corbin et son équipe qui, il y a deux ans déterraient les vestiges d’un Focke Wulf 190 A8 au lieu-dit du Pouplin, à l’est de Lisieux, enfouis à quelques 7 mètres sous terre.

C’est un grand moment d’émotion quand Lucien Tisserand étale sur la bâche une multitude d’os, morceaux de crâne, fragment de mâchoire, vertèbres … qu’il nomme un à un sans hésitation, montrant ici sur le cartilage tendre d’une tête d’os, les preuves indiscutables de l’âge du soldat : l’homme jeune, 25 ans, plutôt fluet, n’était pas grand. Trois molaires de la mâchoire inférieure ne portent pas de traces de soins.

Un élément majeur qui aurait grandement facilité les recherches, manque cruellement : la date du crash, ou du moins le mois. Mais aucun des témoins ne se rappelle si c’était juin, juillet ou août. Depuis mai 2004, date des fouilles, deux années ont passé en recherches d’indices, avec l’aide de nombreuses personnes passionnées d’histoire de la guerre, dont Frédéric Quesnel qui s’est penché particulièrement sur les pièces d’avion. Hélas, fabriqué dans les toutes dernières années de la guerre, ce « chasseur » était constitué de pièces d’origines diverses et les inscriptions étaient insuffisamment lisibles. Frédéric fait la supposition qu’il pourrait s’agir d’un avion d’une unité de la 2e escadrille 2JG54, qui venait de l’Est pour appuyer les forces de l’Ouest. Il se base sur le morceau de numéro couleur rouge cerclé de noir sur le fuselage. L’ensemble des objets trouvés autour de ce qui reste de la dépouille ont été rassemblés sur un cadre : certains portent les traces de l’extrême violence du choc et du feu. On y voit une croix de fer de 1re classe 1939, très haute distinction pour actes héroïques, sa montre, son couteau de survie, un morceau de son ceinturon qui pourrait indiquer qu’il était officier, un revolver Mauser HSC 7,65mm, les harnais du parachute avec la fermeture et le système de clip, la plaque du moteur, …
Lucien Tisserand rapelle que sont retrouvés, chaque année, en moyenne 10 dépouilles de soldats. Depuis début 2006, en 6 mois, il en a déjà été trouvé 14. Il réalise depuis longtemps les expertises des restes des corps afin de trouver des indices, particulièrement sur les mâchoires ou les dents. « Je conseille toujours de ne rien enlever de la terre qui emplit un crâne car beaucoup de soldats mettaient dans leur bouche se qu’ils voulaient éviter de se faire voler : leur plaque, une alliance… »

 

Depuis sa création, le cimetière a tenu des comptes  précis de tous les corps qui y sont enterrés, des fiches d’anatomie descriptives sont scrupuleusement remplies, commes pour cet aviateur et envoyées ensuite au Deutsche Dienst Stelle, service des archives allemandes à Berlin, dont la collaboration précieuse participe à la découverte de la vérité.

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