Le Blockhaus de l’ancien Poste de Commandement et de Direction de Tir rénové sur 5 niveaux et transformé en Musée, pour offrir à tous un vivant Parcours de Mémoire !

Le Grand Bunker de l’ancien Poste de Commandement et de Direction de Tir a été entièrement rénové afin de pouvoir abriter un Musée entièrement consacré au Mur de l’Atlantique en Normandie. Après avoir appartenu à la Marine Nationale, les fondateurs ont voulu que ce blockhaus singulier retrouve son aspect originel.
A construction remarquable, puisqu’il s’agit d’une Sonderkonstruktion (à laquelle nous consacrerons un paragraphe ci-dessous), l’intégralité des salles furent réaménagées de manière remarquable, avec un matériel très abondant et authentique. Les fondateurs tirèrent tout le parti de cette construction haute de 17 mètres pour remettre en situation et présenter les fonctions essentielles qui caractérisaient la vie des positions défensives du Mur de l’Atlantique face au Débarquement.
Les fondateurs du Musée ont souhaité offrir à la visite les 5 niveaux de ce blockhaus dans lequel était installé le centre névralgique du commandement des défenses de l’estuaire de l’Orne, afin de reconstituer et restituer l’atmosphère qui pouvait régner dans celui-ci à la veille du Débarquement !
Il est à noter que le Musée du Mur de l’Atlantique, le Grand Bunker, constitue le dernier vestige visible de ce qui fut la plus puissante batterie côtière du secteur, celui-ci ayant été défini comme zone de défense à fortifier prioritairement par le haut commandement allemand.
Le Grand Bunker Musée nous permet donc par sa haute présence de ne pas oublier qu’une puissant dispositif de défenses côtières fut déployée à Riva-Bella. En outre il nous invite à découvrir ce dernier vestige de l’intérieur en le restituant dans sa destination première. Le Grand Bunker Musée devient ainsi un véritable parcours de Mémoire…

Tout le Mur de l’Atlantique dans une authentique SonderKonstruktion

Une Sonderkonstruktion… Que peut-il bien se cacher sous cette étrange dénomination ? Tout simplement un programme de construction. Poursuivons. L’Organisation Todt, pour répondre à la volonté de Hitler d’édifier à l’Ouest une défense permanente, s’attacha à pré-définir les éléments constitutifs de cette architecture militaire pour disposer de blocs élémentaires de types standards. Une nomenclature précise fut établie pour décrire les différents éléments et fut consignée en catalogues. Ainsi chaque type de construction dispose d’une codification précise. Les modèles de la Forteresse Europe constituent des programmes de construction.
Une Sonserkonstruktion est codifiée SK. Que dissimule donc cette abréviation ? Sans rentrer dans le détail des abréviations assignées aux différents types d’ouvrage, la mention SK désigne justement une construction ne répondant à aucun modèle pré-défini. Il s’agit donc bien d’une construction Sonder, c’est-à-dire spéciale.
Et c’est bien là ce qui éclaire toute l’originalité de l’architecture du Grand Bunker et lui donne sa signature toute particulière. Comme vous vous en doutez les Sonderkonstruktion n’étaient pas légion. Cela indique à quel point le Grand Bunker représente un vestige d’exceptionnel intérêt, à tous points de vue. Et c’est bien ce statut particulier que surent mettre en valeur les fondateurs du Musée. Ils savaient que cette construction quasi unique sur l’Atlantikwall (il n’en existe que deux autres similaires) permettrait de travailler particulièrement efficacement pour présenter ce chantier colossal que fût le Mur de l’Atlantique. En effet, il constitue un lieu unique pour pénétrer le Mur de l’Atlantique de l’intérieur.

5 niveaux entièrement rééquipés pour des salles restituées dans leurs fonctions d’époque

Chaque salle du Grand Bunker semble en pleine activité comme à la veille du Débarquement. Chaque niveau vous fera découvrir comment le quotidien s’organisait dans le Grand Bunker. Et bien qu’il s’agisse d’une Sonderkonstruktion, des éléments standards carctèrisent également cette si singulière architecture. Un exemple parmi d’autres : observez bien le lavabo qui fait face à l’entrée proprement dite du blockaus. Il s’inscrit dans un espace standardisé que l’on peut retrouver dans bon nombre d’autres bunkers.
Une fois à l’intérieur, vous respirerez l’air si particulier d’un blockhaus. Vous pourrez sentir cette vie qui devait s’organiser derrière le béton, ses portes blindées étanches au gaz et ses espaces confinés. De salle en salle, d’étage en étage, les multiples pièces du Grand Bunker vous feront parcourir et pénétrer tous les organes de ce Poste de Direction de Tir et de Commandement. Vous éprouverez de nombreuses et puissantes sensations propres à ce lieu historique qui a été réanimé par le conservateur du Musée du Mur de l’Atlantique.
Successivement vous pourrez explorer chaque centre vital de cet endroit hautement stratégique :
Le niveau technique avec groupe électrogène et salle de ventilation totalement reconstituées.
Suivront deux niveaux de chambrées qui semblent bel et bien encore habitées, ainsi qu’une armurerie et un poste de premiers secours.
Puis s’ouvriront la salle des transmissions et la salle des cartes.
Juste au-dessus, s’offrira à vous le panorama imprenable à 180° degrés dont disposaient les allemands pour surveiller l’intégralité des mouvements maritimes en baie de Seine. Le télémètre pour mesurer les distances aux cibles est toujours présent. Et de cette position haute vous pourrez par temps clair voir du Havre à Quinéville, c’est-à-dire balayer du regard toute la zone de l’Opération Overlord.
Mais ce n’est pas fini. Le dernier niveau est lui aussi accessible et totalement aménagé avec des barrières qui permettent de profiter de ce point de vue unique sans le moindre danger. Vous pourrez accéder à la position de Flak allemande c’est-à-dire à l’encuvement pour canon anti-aérien de 20 mm.
Et en ce lieu, je vous laisse au plaisir qui sera le vôtre lorsque vous contemplerez le panorama grandiose qui s’offrira à vous. Et vous ne manquerez pas, j’en suis sûr, d’imaginer ce que réalisèrent d’ici les allemands à l’aube du jour le plus long, le 6 juin 1944…

De très nombreuses scènes reconstituées, de la vie quotidienne dans les blockhaus du Mur de l’Atlantique en Normandie

La salle des machines, Maschinenraum, la salle des ventilateurs, Lüfterraum, le poste de combat rapproché, Nachkampfraum, la salle anti-gaz, Gasschleuse, la soute à munitions, Munitionsraum, la salle de veille, Bereitschaftsraum, le carré des Officiers, Führerraum Offizier, le carré des Sous-Officiers, Unteroffiziersraum, la salle de matériel, Vorrate, une autre salle de veille, Bereitschaftsraum, la salle des plans, Planraum, la salle des transmissions, Nachrichtenraum, le local radio, Funkraum, une autre soute à munitions, Munitionsraum, la salle de l’Officier d’observation, Wachoffizierraum et la salle de télémétrie, Messtand, la cuve pour DCA, Flakabwehrkanone, indiquent à quel point la variété des fonctions réunies en un seul ouvrage remarquable du Mur de l’Atlantique est d’exceptionnel interêt. Le Grand Bunker devient un véritable Traité du Mur de l’Atlantique, son Abrégé ou son authentique condensé.
Le grand soin apporté à la Muséographie a toujours cherché à ne pas restituer des pièces présentant des scènes à l’aspect froid ; le traité aurait pu être glacialement technique. Il n’en est rien car la vie quotidienne des soldats du Grand Bunker a savamment été introduite dans chaque scène à l’aide d’une multitude d’objets qui faisaient parti du vécu de ces soldats qui obéissaient, jour après jour, à leurs différentes affectations, dans cet énorme abri de béton. Il en résulte une atmosphère bien propre, une atmosphère unique au Grand Bunker. Il se transforme en énorme vaisseau qui nous fait voyager dans le temps pour nous replonger dans un Poste de Commandement et de Direction de Tir en pleine effervescence.

Des personnages omniprésents et tous remis en situation

Le Grand Bunker au travers de son dédale de pièces semble encore, comme nous l’avons dit ci-dessus, en pleine activité. Chaque pièce remet en situation les personnages qui s’affairaient à l’époque à leurs tâches. Les multiples pièces du Grand Bunker, à la veille du Débarquement, fourmillaient comme actuellement, de soldats de tous rangs, tous occupés à tenir leurs rôles.
La Muséographie a travaillé à nous placer dans le rôle d’observateur capable de surprendre une vie normalement tenue secrète à l’abri des très épais murs de béton. L’impénétrable devient ainsi accessible et le visiteur se délectera de la richesse des personnages qui animent le Grand Bunker car aucun espace n’est inoccupé. Mieux il donne à mesurer combien la promiscuité dans les ouvrages du Mur de l’Atlantique était oppressante. Aucune place n’apparaît superflue et chaque personnage occupe l’espace avec une étonnante véracité. Le tout à l’intérieur d’un authentique espace historique bétonné par l’Organisation Todt et de surcroît SK. Voilà bien ce qui donne au Grand Bunker son cachet unique au sein de l’Espace de la Bataille de Normandie. La mise en scène en ses murs massifs est totale et l’immersion est par la même également totale.

Des centaines de documents, plans et photos pour accompagner la vie des scènes du Grand Bunker

Le Grand Bunker ne donne pas qu’aux yeux mais aussi à l’esprit. Il tire le meilleur parti de sa nature très spéciale. Il regroupe en effet au sein de son architecture des fonctions qui en général sont dispersées en de multiples ouvrages. Il devient ainsi aisé de découvrir les multiples aspects du Mur de l’Atlantique en un lieu unique qui se dresse en véritable témoin de l’Atlantikwall et en sentinelle contre l’oubli.
Tous les aspects majeurs du Mur de l’Atlantique sont abordés de telle manière qu’à l’aide d’objets, de plans, de photos, de documents un panorama complet est offert à la visite et à la compréhension. Des dioramas facilitent l’appréhension de sujets variés. Par exemple, un magnifique et imposant diorama présente le système de défenses théorique des plages du Débarquement.
L’Opération Neptune, le nom de code donné à l’opération amphibie du Débarquement, lui-même codé Overlord, n’a pas été oublié pas plus que l’assaut mené sur Sword Beach. Le rôle du N° 4 Commando est aussi abordé dans l’explication des combats pour la Libération de Riva-Bella et Ouistreham…
Distillés au fil des scènes reconstituées, les sujets traités à l’aide d’éléments didactiques se retiennent plus facilement. Au gré de sa visite chaque visiteur prélèvera des éléments à sa guise pour repartir avec des morceaux choisis de cette gigantesque entreprise que fut le Mur de l’Atlantique qui, pour défendre le Front Ouest, s’étendait de la Norvège aux Pyrénées.

Le toit du Grand Bunker, qui surplombe toute la ville, a été aménagé pour offrir un panorama exceptionnel sur l’estuaire de l’Orne et les plages du Débarquement (réouverture du toit en avril 2019, les visiteurs sont sous leurs propres responsabilités sur le toit du Bunker)

Aucun autre Musée ne propose aux visiteurs un panorama sur les plages du Débarquement à 17 mètres de hauteur. On imaginera aisément, depuis ce lieu haut perché à quel point les soldats allemands retranchés dans le Grand Bunker ne perdirent rien de la plus gigantesque opération de débarquement de tous les temps.
Panorama complet à 360 degrés qui, si vous dotez de puissantes jumelles et par temps clair, vous permettra de voir du Havre jusqu’au Cotentin, de Pegasus Bridge à Sainte-Mère-Eglise. Vous pourrez ainsi mesurer toute l’étendue de l’assaut qui fut lancé à l’aube du 6 juin. Vous ne perdrez rien de la topographie des défenses allemandes de l’estuaire de l’Orne : vous apercevrez très bien le château d’eau de Merville-Franceville qui signale la Batterie y participant et les écluses du port de Ouistreham, le château d’eau de Ouistreham, Saint-Aubin d’Arquenay, le mont « Hillman »….
Mais vous aurez également le pouvoir de distinguer les deux secteurs extrêmes des opérations aéroportées pour le Jour J, à savoir le secteur de Sainte-Mère-Eglise des parachutistes américains de la 101th et 82th Airborne et le secteur de Merville-Franceville, Amfreville, Ranville pour les troupes aéroportées britanniques de la 6th Airborne du Major General Richard Gale.
Et puis plus simplement, vous aurez tout le loisir de vous laisser aller à quelques méditations suscitées par ce lieu tant chargé d’Histoire… Un point de vue imprenable sur l’Histoire !

Le Mur de l’Atlantique mis en scène dans ses moindres détails au Musée du Grand Bunker à Ouistreham

Les fondateurs du Musée du Mur de l’Atlantique ont mené la reconstitution des pièces du Grand Bunker avec un souci du détail qui va très loin. Chaque pièce restitue ainsi un aspect d’authenticité rare et participe au sentiment de découverte d’un lieu à l’activité perpétuelle.
Et là encore l’Histoire n’est pas lésée, car le Musée du Mur de l’Atlantique démontre clairement par la foule de détails qui repeuplent le Grand Bunker, à quel point la Seconde Guerre mondiale fut une guerre où la Technologie et l’industrie eurent une place majeure…
Et quel plaisir que de pouvoir laisser vagabonder son sens de l’observation pour saisir des informations de natures étonnamment variées et qui illustrent parfaitement l’organisation fonctionnelle de ses ouvrages qui devaient former un Mur infranchissable pour protéger la mythique Forteresse Europe.
Pour les fondateurs du Musée, reconstituer n’est pas un vain mot…

La barge d’assaut de Tom Hanks entre au Musée

IL FAUT SAUVER LE SOLDAT RYAN!

La barge d’assaut qui a été utilisée pour tourner le film « Il faut sauver le soldat Ryan » débarque au Musée du Mur de l’Atlantique. C’est bel et bien la barge PA 30-31, l’une des deux que Steven Spielberg a équipé pour mettre en scène ce Landind Craft M dans son célèbre film aux 5 oscars. Cette barge d’assaut, avant d’être entièrement restaurée pour les besoins du film (par restauration entendez refaite à neuf comme si elle sortait d’usine), participa réellement au Débarquement du 6 Juin 1944. Elle a reçu des aménagements exigés par la Production cinématographique et dispose de tous, réellement tous ses équipements… Une pièce rare qui entame une nouvelle carrière !

La Forteresse Europe : la directive n° 40 du 23 mars 1942

Dès 1941, l’Organisation Todt fortifia les grands ports pour les transformer en forteresse et les protéger contre toute tentative d’offensive. L’Organisation Todt devait également faire en sorte qu’ils abritent, pour la façade Atlantique, 5 bases sous-marines sous abris ultra renforcés. Les ports restants devaient abriter d’autres navires de la Kriegsmarine.
Le 23 mars 1942 allait marquer un moment décisif dans la genèse du futur Mur de l’Atlantique. En effet, Hitler pose alors les grandes lignes de ce qui allait devenir l’Atlantikwall.
En voici quelques points qui laisse apparaître que :
– Les côtes européennes sont désormais exposées dans l’avenir, à une menace hostile de débarquement ultra sensible.
– La défense des côtes exige une coopération particulièrement étroite et complète des diverses forces armées.
– L’ennemi débarqué devra être détruit par une contre-attaque immédiate et rejeté à la mer.
– Les zones fortifiées et points d’appui devront être capables par leur organisation armée, leurs défenses ainsi que par leurs réserves en vivres et munitions de tenir longtemps même face à un ennemi largement supérieur en nombre.
– Les zones fortifiées et points d’appui devront être défendus jusqu’à l’extrême. Il est exclu que les secteurs défensifs doivent se rendre par manque de munitions, de nourriture ou d’eau.
– Le développement et la fourniture des installations défensives (armes, mines, grenades, mitrailleuses, lance-flammes, matériaux d’obstacles, etc.) doivent édifier un véritable mur de feu.
– Les différentes forces armées sont tenues face à toute attaque sur les côtes de se plier aux exigences de leur commandant responsable dans le cadre de leurs possibilités tactiques…

Les directives d’Adolf Hitler pour le Mur de l’Atlantique

Adolf Hitler définit les zones à fortifier suivant l’ordre de priorité suivant :
Les bases-sous-marines ; les grands ports (indispensables pour toute logistique de débarquement) ; les zones particulièrement propres à toute opération de débarquement (estuaire, rade, etc) ; les îles ; les plages sablonneuses.

Ses directives peuvent être ainsi résumées :

  1. Réaliser une ligne de feu continue et située sur les côtes mêmes.
  2. Protéger au maximum les matériels et les hommes des bombardements par des abris bétonnés.
  3. Déploiement du maximum de pièces d’artillerie, de tous calibres et de tous pays qui devront être protégé par des casemates de béton.
  4. Aménager les batteries afin qu’elles puissent soutenir un siège de 60 jours.
  5. Multiplier les obstructions côtières en utilisant les éléments naturels.
  6. Installer des moyens de détection et d’observation (radars, etc.).
  7. Accorder une large place aux moyens de défenses anti-aérienne pour protéger les sites.
  8. Installer un système défensif en profondeur, c’est-à-dire à l’intérieur des terres.
  9. Imaginer des camouflages propres à compliquer l’identification des ouvrages par les renseignements ennemis.

L’ingénieur Fritz Todt

Fritz Todt, ingénieur allemand, fut une figure majeure du nazisme.
Né à Pforzheim en Allemagne le 4 septembre 1891, il est le fils d’un propriétaire d’usine. Il a étudié la Technologie à Karlsruhe et a fait ses études supérieures techniques à Munich. Il a participé à la Première Guerre Mondiale dans l’Infanterie et plus tard dans l’Armée de l’Air. A la tête d’une escadrille de chasse, il sera blessé au combat et sera décoré de la Croix de Fer. Après 1918, il termina ses études et entra bientôt dans une entreprise de Génie Civil du nom de Sager et Woerner, entreprise spécialisée dans les routes et tunnels.
Il adhéra au NSDAP (Die NationalSozialistische Deutsche ArbeiterPartei) en 1922 et gagna très vite la confiance d’Hitler. Il est fait Oberführer dans la SA (Sturmabteilung) en 1931 et parachève à la même époque son Doctorat sur le thème « Inconvénients d’utilisation du goudron et de l’asphalte pour la construction des routes ».
1933, Adolf Hitler accède au pouvoir comme Chancelier. Le 30 juin 1933, il confie au Dr. Todt une mission de toute première importance à ses yeux : créer le réseau d’autoroutes du Reich (Reichsautobahnen). Hitler dira rapidement qu’il trouva dans le Dr. Todt un homme capable de transformer une intention théorique en réalité pratique. C’est dire en quelle estime il le tenait. Fritz Todt fut nommé, la même année, Inspecteur-Général du réseau routier allemand (Generalinspektor für das deutsche Straßenwesen).
Il devient ensuite Directeur du Bureau Central pour la Technique au sein de la Direction du NSDAP pour le Reich (Leiter des Hauptamts für Technik in der Reichsleitung der NSDAP). Il devient également plénipotentiaire du Règlement pour l’Industrie du Bâtiment (Generalbevollmächtigter für die Regelung der Bauwirtschaft). Fritz Todt contrôle désormais une branche d’industrie hautement stratégique pour le Reich du Chancelier Hitler.
En 1938, Hitler demande à Fritz Todt de finir le Westwall, c’est-à-dire la Ligne Siegfried, au plus tôt compte tenu de ses ambitions dans les Sudètes. Fritz Todt fonde alors, la même année, l’Organisation qui porta son nom, laquelle fut désignée par l’abréviation courante « La Todt« . L’Organisation fait collaborer des entreprises étatiques, privées ainsi que le Ministère du Travail. Aux commandes de son Organisation, le chantier du Westwall permettra à l’ingénieur Todt de mettre au point ses règles ou plans de constructions militaires afin d’uniformiser les ouvrages de défenses, d’en permettre la préfabrication et de rationnaliser le système de production.
En 1940, la victoire, en Norvège et à l’Ouest, impose de nouvelles tâches. Fritz Todt est alors nommé Ministre du Reich pour l’Armement et les Munitions (Reichsminister für Bewaffnung und Munition). Hitler prit cette décision car il voyait dans le Dr. Todt non seulement le plus fameux organisateur que l’Allemagne, que le peuple allemand ait jamais produit, mais encore le meilleur ingénieur de tous les temps.
Dans les faits, le Dr. Todt contrôle les opérations de l’Organisation dans tout l’Ouest occupé.
Après l’invasion de l’Union soviétique, il est également chargé par Hitler de la restauration des infrastructures à l’Est.
En 1941, il sera également fait Inspecteur-Général de l’Eau et de l’Energie (Generalinspektor für Wasser und Energie). Le Front Est et l’entrée en guerre des Etats-Unis pousseront Hitler à accèlérer l’édification sur plus de 4 000 km du fameux Mur de l’Atlantique. Ainsi, après être intervenu pour transformer, d’une part, les grands ports en Forteresse avec sur l’Atlantique des bases sûres pour ses flottes d’U-boot, et d’autre part, après avoir construit dans le Pas-de-Calais les batteries lourdes prévues initialement pour appuyer l’invasion de l’Angleterre au cours de l’Opération Seelöwe, l’ingénieur Todt du mettre en oeuvre tous les rouages de son Organisation pour relever le défi le plus colossal qui lui fut jamais posé.
De retour d’une inspection sur le Front Est il réclamera d’avantage de moyens à Hitler. Il affichera clairement ses divergences de vues avec lui quant à la poursuite de la guerre sur ce Front si les conditions actuelles devaient perdurer.
Il mourra en 1942, au retour d’une réunion avec Hitler, dans un accident d’avion.
Après la mort du Dr. Todt, l’Organisation passa sous le contrôle d’Albert Speer.

Structure de l’Organisation Todt

Le Dr. Fritz Todt, lorsqu’il créa l’Organisation portant son nom, s’organisa en véritable Etat dans l’Etat. Ne constituant pas un Ministère à part entière, l’Organisation Todt possède néanmoins une autorité quasi suprême. Le Dr. Fritz Todt ne rend de comptes qu’à Hitler et ce directement. Chargé par le Chancelier du Reich d’accomplir des tâches différentes au fil des ans mais toutes d’importance stratégiques et vitales, il dispose d’un pouvoir de réquisition dans le domaine des travaux publics. Autrement dit, il contrôle totalement la branche des professionnels du bâtiment. Il s’agit bien là d’une Organisation disposant d’un statut tout particulier, à l’instar de la SS, par exemple.
L’Organisation Todt même si elle est rattachée au Ministère pour l’Armement et les Munitions, demeure une entité spéciale douée d’une réelle et rès grande autonomie. Cette Organisation cultive le paradoxe. Entreprise civile, elle n’en est pas moins une organisation paramilitaire avec grades, uniformes et entraînement. Mise au service de la Wehrmacht dès la Campagne de France, elle ne sera jamais subordonnée à son Haut Commandement. Intégrée à un Ministère, elle conservera toute sa spécificité puisqu’elle servira justement d’intermédiaire avec les entreprises privés de travaux publics…
On trouve au sommet de l’OT, le Dr. Fritz Todt (et plus tard Albert Speer) avec une direction centrale sise à Berlin : c’est l’OT-Zentrale avec Xavier Dorsh (un autre proche de Hitler) aux commandes. Puis vient, pour le Front Ouest, le commandement général installé à Paris. Cet Etat-Major est dirigé par Weis directement subordonné à Dorsh. Il s’agit de l’EG West (Groupe d’Intervention Ouest).
Pour édifier le Mur de l’Atlantique, l’EG West de l’OT subdivisait le littoral en Directions supérieures de construction c’est-à-dire en OBL pour Oberbauleitungen. Les OBL étaient elles-mêmes formées de Bauleitungen ou Directions de constructions, elles-mêmes constituées de Chantiers (Bauleitungen).
Les hommes de l’Organisation prêtent serment directement à Hitler de la même manière que les soldats de la Wehrmacht. Dès 1940, ils portent l’uniforme couleur brune, et au bras gauche de la vareuse le brassard à croix gammée du parti nazi avec au-dessus un autre brassard portant l’inscription « Org. Todt ». Des insignes propres à la Todt sont constitués. Son personnel cadre de constructeurs-soldats est armé et possède un livret assez semblable à celui des soldats de la Wehrmacht.
L’OT dispose à sa tête de grandes directions : direction technique, direction administrative, direction pour les matières premières et direction des transports.
On trouve plusieurs niveaux hiérarchiques avec chacun plusieurs grades : travailleur, sous-chef, chef subalterne, chef supérieur, chef d’unité, chef de groupe d’unités.
L’Organisation Todt compte différents corps : Direction ; Administration ; Construction ; Santé ; Transmission ; Transport ; Propagande ; Renseignements ; Bureau de liaison avec la SS… L’OT possède également ses propres unités de protection : les Schutzkommandos, commandos de protection.

Les méthodes de travail de l’Organisation Todt

Le rôle de l’Organisation Todt, définie comme entité civile, est de jouer pour le Reich le rôle de Maître d’Oeuvre en organisant, planifiant et contrôlant ses grands travaux. L’OT avait pour mission de passer des contrats avec les entreprises du bâtiment compétentes, de les approvisionner en matériaux, de leur fournir la main d’oeuvre et de veiller à la bonne tenue du cahier des charges. Toute la logistique incombait à l’OT, du transport au ravitaillement en passant par la gestion des personnels.
Dès la Campagne de France, l’Organisation Todt fut mise à la disposition de la Wehrmacht pour participer aux travaux prioritaires de remise en état des territoires occupés. Puis viendront les grands travaux consacrés à la construction de batteries côtières lourdes dans le Pas de Calais ; ceux liés à la transformation des grands ports en Forteresses ainsi qu’à la construction des bases atlantiques pour les flotilles de sous-marins. Début 1942, la colossale tâche de défense du Front Ouset revient bien naturellement à l’OT qui doit sur 4 000 km réaliser une ligne continue de défense, le désormais fameux Mur de l’Atlantique. Mais l’Organisation sera également engagée sur le Front Est puis sur la Ruhr et en Allemagne pour tenter de parer à l’intensification des bombardements des Alliés. On retrouvera encore l’Organisation du Dr. Todt pour les travaux des camps de concentration et elle sera encore requise pour les grands chantiers relevant des armes secrètes du Reich. On la rencontrera encore à l’oeuvre en Méditerrannée pour le Sudwall notamment et aussi en Italie jusqu’à la Norvège… L’Organisation fut présente sur absolument tous les fronts.
C’est dire si son besoin en main d’oeuvre fut dévorant !
Comment fit-elle face à de tels besoins en main d’oeuvre ? Pour résumé, plus le temps passa et plus elle fit appel au travail forcé car il est bien évident que les engagés volontaires furent très rapidement insuffisants. L’OT avait même comme prérogative le pouvoir de réquisitionner des entreprises privées pour faire face à ses besoins.
La France du Gouvernement de Pétain répondra diligemment à l’Organisation Todt en livrant tout d’abord des républicains espagnols réfugiés en France. Puis suivront des étrangers, des juifs et des droits communs… Mail il ne faut pas oublier la Relève et plus tard le Service du Travail Obligatoire qui tenteront de satisfaire par leurs quotas à la boulimie toujours plus grande de l’Organisation Todt. De surcroit, même si au départ les campagnes alléchantes de recrutement de l’OT furent couronnées de succès notamment pour échapper au départ et au travail forcé en Allemagne, les désertions se feront de plus en plus nombreuses plus le temps passera. A tel point que bien vite il sera fait appel aux travailleurs étrangers contraints pour tenter de répondre aux besoins inouïs en main d’oeuvre de l’OT qui en 1944, rappelons le, utilisait environ 1 500 000 hommes toutes catégories confondues.
Les conditions de vie des travailleurs de l’Organisation Todt étaient d’autant plus impitoyables que leur « statut » les assimilait aux travailleurs forcés.

  

La réalité du Mur de l’Atlantique au-delà de la Propagande

Hitler souhaitait faire du Mur de l’Atlantique une ligne de feu continue infranchissable à toute attaque de l’adversaire. la Propagande ne manqua pas d’utiliser les batteries côtières lourdes et à longue portée de la Kriegsmarine du Pas de Calais et notamment la batterie Todt… Certes les îles anglo-normandes ainsi que les principaux grands ports sont transformés en autant de forteresses abritant, pour la côte Atlantique, de gigantesques structures bétonnées pour chaque flottille de U-Boot. A côté des batteries lourdes du Nord de la France, des infrastructures aériennes ont également été développées dans cette région. Des stations radars et de radioguidage sont opérationnelles… Toutes ces défenses existent bel et bien, mais l’espace entre toutes ces positions fortifiées est bien loin de constituer une véritable ligne de feu. Elles sont bien éloignées du Mur que glorifie la Propagande.
Elle ressemble plutôt à une vaste succession de points d’appui ou nids de résistance.
Les espaces non occupés par la Kriegsmarine étaient laissés à la Heer, l’Armée de Terre, à qui était confiée la tâche gigantesque de transformer le littoral en forteresse. Aussi la Propagande allemande n’aura de cesse d’utiliser abondamment les batteries lourdes du Pas de Calais pour chercher à faire croire à une réalité savamment déformée. La Propagande allemande s’évertuait surtout à gagner du temps. Il fallait gagner du temps à tout prix !
Rommel lorsqu’il sera nommé par Hitler Inspecteur-Général des défenses du front Ouest ne démentira pas cet objectif car il connaissait bien les faiblesses de la muraille de l’Europe occidentale et lui aussi cherchait à gagner du temps. Sa venue début 1944, sur le front Ouest eu pour effet d’accélérer de manière très notable les grands travaux de défenses sur le littoral. Durant les quelques mois où il ordonna de manière drastique d’engager tous les moyens pour transformer l’Atlantikwall en réelle ligne de feu continue, il parvint à le métamorphoser, de jour en jour, de manière inquiétante. Mail il savait pertinemment qu’il lui fallait encore du temps car l’Atlantikwall, qui devait décider du destin de l’issue de la guerre pour l’Allemagne, montrait encore bien des faiblesses…
Quoiqu’il en soit, le Mur de l’Atlantique, même s’il eut à souffrir des tensions entre la Kriegsmarine et la Heer, des dissensions entre Von Rundstedt et Rommel, d’un arsenal d’artillerie trop hétéroclite et ancien, de larges ponctions en hommes pour le front Est, de renforts en troupes d’engagés volontaires étrangers et d’un moral des soldats s’y abritant qui n’était pas majoritairement des plus combattifs, même s’il eut à souffrir de tout cela, il n’en constitua pas moins, le Jour J, un objectif prioritaire à faire taire et le Mur de l’Atlantique ne fut jamais, par le SHAEF (le Commandement suprême Alliés), minimisé dans ses capacités défensives.

Ringstand, Point d’appui, Panzerwerk, Batterie et Festung

Le Ringstand ou position circulaire représente l’ouvrage défensif bétonné le plus élémentaire du Mur de l’Atlantique. Il présente une entrée qui donne accès à une fosse dans laquelle sont installés différents types d’armes : il peut s’agir d’une mitrailleuse, d’une tourelle de char, d’un mortier ou d’une pièce antichar. On les rencontre isolément ou adjoint à des casemates ou des abris. Suivant leur taille, ils peuvent protéger de un à plusieurs soldats. Encore appelé Tobrouk, depuis la bataille du même nom, par similitude avec les chars allemands qui s’étaient enterrés pour ne laisser dépasser que leurs tourelles. Chaque ouvrage porte un identifiant de construction lié à son type d’armement et s’inscrit dans les Regelbauten ou Plans de construction du Mur de l’Atlantique.
Les points d’appui doivent défendre un secteur donné et garantir une ligne de feu sur la portion littorale qui leur est attribuée. Il est composé de Ringstands, de casemates de flanquement, d’abris et d’ouvrages antichars. On distingue les points d’appui légers, les Wiederstandsnest, des points d’appui lourds appelés Stützpunkt.
Les Batteries s’articulent autour de canons placés sous casemates bétonnées ou non (batteries hippomobiles). Bien souvent les batteries possèdent encore les encuvements initiaux dans lesquels les pièces d’artillerie étaient mises en position. Les batteries d’artillerie possédaient également un poste de direction de tir et bien sûr soutes à munitions, abris, flanquement, dispositifs antichars, défense antiaérienne…
Le Panzerwerk aligne tout type de défenses antichars regroupées dans un secteur bien délimité. On y retrouvera des casemates avec canons antichars, des postes d’observation, des ouvrages à cloches blindées, des abris et des Ringstands.
Pour finir, la Festung ou Forteresse désigne tout particulièrement le plus important et le plus élaboré dispositif d’ouvrages défensifs concentrés en un seul endroit. La Forteresse protègeait en premier lieu une zone de très haute importance stratégique. Ainsi, les grands ports furent rapidement définis comme zones à fortifier prioritairement par le haut commandement allemand. Ils disposaient de tous les moyens de défenses disponibles et de détection voulus.

Les défenses mises en place sur les plages de Normandie

Rommel insista tout particulièrement pour que d’innombrables obstacles et pièges soient installés sur les plages.
Dans l’arsenal très conséquent des défenses côtières, figurent bien sûr les pieus imposants, piégés diversement, et destinés à arrêter les barges d’assaut amphibies, soit en les faisant exploser, soit en les faisant chavirer ou en les éventrant. Des mines ou des obus placés à leur sommet formaient de dangereux pièges tant pour les hommes que pour les matériels.
On trouve ensuite des éléments antichar dits Cointet utilisés auparavant sur la Ligne Maginot ou sur les positions fortifiés belges. D’où son autre nom : la porte belge. Cet obstacle antichar sera réutilisé sur les plages ainsi que pour fermer des accès.
Viennent ensuite des rails disposés dans des blocs de béton qui font office de pressoir pour faire exploser la mine disposée en leur fond.
Dans la catégorie des défenses antichars existaient les tétraèdres, ouvrages composés de six jambages. Ils seront disposés en grand nombre sur les plages. Un autre obstacle antichar dénommé Hérisson tchèque sera également largement utilisé. Il est formé de trois jambages métalliques rivetés entre eux en leur mileu. Des blocs de béton seront parfois coulés à leur base pour en renforcer l’assise.
Contre les blindés, on trouvera aussi le très large mur en béton obstruant sur une hauteur pouvant aller jusqu’à plusieurs mètres, des points d’accès jugés importants. Il sera parfois camouflé à l’aide de trompes l’oeil tout aussi impressionnants…
Au registre des éléments métalliques, on compte encore le Rail curtoir destiné à neutraliser, soit des barges de débarquement, soit des blindés.
Pour bloquer la progression des véhicules, des pyramides de béton seront également déployées. On les nomme plus prosaïquement Dents de dragon…
Les Tétrapodes ou éléments à trois pied comme leur nom l’indique seront aussi utilisés diversemment pour former barrage.
Et il ne faut pas oublier les multiples types de mines qui furent disposées copieusement en de larges champs. Rommel appréciait tout particulièrement ces instruments défensifs et en ordonna l’utilisation sans compter.
On trouvera des Tellerminen, mines « assiettes » antichars ; des Topfmine, en verre ou en béton, indétectables ; des mines magnétiques antichars et antipersonnel ; des mines S bondissantes… Les pieux piégés à leur sommet par une mine et reliés entre eux par un réseau de barbelés qui étaient plantés en quinconce, dans des champs susceptibles de recevoir des planeurs, porteront son nom : il s’agit bien évidemment des Asperges de Rommel.
Pour finir, nous parlerons du Lance-flammes dont l’activation se faisait à distance par commande électrique. En position fixe, il ne pouvait couvrir, de son jet de flammes, qu’une zone bien déterminée.

Principes d’un Point d’appui ou d’une Batterie

Selon sa directive n° 40, Hitler ordonna que l’assaillant soit rejeté tout de suite à la mer, se heurtant au mur d’une défense sans failles. Il voulait que chaque secteur du Mur de l’Atlantique soit capable de tenir sur une longue période et ce même face à un ennemi massivement supérieur en nombre. Pour cela, vivres et munitions ne devaient en aucun cas manquer. Aucune capitulation ! Le Mur devait tenir jusqu’à la dernière extrémité.
Les points d’appuis, les batteries seront donc construits et structurés en conséquence.
Ils doivent ainsi être en mesure d’assurer leur propre défense et être capable de faire face indistinctement à des forces d’Infanterie, à des forces blindées et à des moyens aériens. Les éléments défensifs propres à un secteur fortifié doivent ainsi se défendre mutuellement et répondre ensemble à toute situation offensive de quelque nature qu’elle soit.
Nous trouvons donc tous les genres d’ouvrages défensifs, les ouvrages types ou Regelbauten, mis à contribution pour garantir l’autonomie et la puissance de feu des différents secteurs fortifiés du littoral. Tous les ouvrages d’un points d’appui, du plus petit au plus grand, sont bien évidemment tous reliés entre eux par différents moyens de transmission.
La défense contre les blindés est consolidée par des pièces d’artillerie antichar sous casemates ou en encuvements. Elle est complétée par des murs, des fossés, des champs de mines, des portes belges et tout autre ouvrage bétonnés créés à cette fin.
La défense antiaérienne aligne des Flak de différents calibres. Elle est protégée par des champs de mines, des réseaux de barbelés des Ringstands garnis de mitrailleuses, de mortiers, de tourelles de chars…
Les abris pour le personnel, soutes à munitions, infirmerie, bunker de commandement, bunker de transmission, réserve d’eau, abris d’intendance, poste de direction de tir, si nécessaire, et soutes à munitions viennent compléter le dispositif défensif.
Les cibles navales sont coiffées par les différents types de canons le plus souvent en 1944 abrités sous casemates bétonnées. Ces batteries sont chargées de toucher les navires et leurs repères de tir montrent qu’elles peuvent également tirer parfois directement sur les plages. Les batteries peuvent dépendre soit de la Kriegsmarine soit de la Heer. Néanmoins, au-delà du modèle théorique, de très nombreuses variations d’installations ou d’aménagements pourront être constatés. Cependant les Regelbauten utilisés par l’Organisation Todt, font que les points d’appui du Mur de l’Atlantique présentent une homogénéité dominante et une solide cohérence.

 

Une Flak, canon antiaérien, en position de combat.

Eléments Cointet ou Portes-Belges minutieusement alignés en front de mer.

Hérisson tchèque mis en position.

Rails curtoirs visant à interdire l’accès à l’intérieur du territoire.

Exemple de Tobrouk ou Ringstand servant à abriter une mitrailleuse.

Données générales

Les ouvrages défensifs du Mur de l’Atlantique sont construits suivant des règles standards (Regelbauten). Ils sont classés suivant leur destination, leur taille, leur résistance, les types d’armement prévus, etc. La variété des ouvrages standards permettra à l’Organisation Todt de les préfabriquer et de les assembler librement en autant de combinaisons voulues, élément par élément.
Viennent ensuite les adaptations des plans liées aux différentes implantations topographiques et aux origines des armes installées. Les aménagements varieront selon qu’il s’agit de blockhaus construits pour la Heer, la Luftwaffe ou la Kriegsmarine. D’ailleurs, une lettre précède le numéro de référence de l’ouvrage et distingue les différentes forces armées allemandes. H pour la Heer, L pour la Luftwaffe et M pour la Kriegsmarine. Ce qui donne des codifications rédigées comme le montrent les quelques exemples suivants : H 611 (casemate pour canon de campagne), L 425 (abri avec défense antiaérienne lourde en encuvement) ou M 182 (Projecteur de côte)…
On trouve encore le code « VF » pour les ouvrages semi-permanents de campagne, le code « FL » pour la Flak de la Kriegsmarine, le code « S » pour les unités lourdes et la lettre « V » pour les ouvrages à caractère technique.
Il est à noter que les casemates prévues pour constituer des abris particulièrement résistants et étanches au gaz présentaient des murs de béton de 2 mètres d’épaisseur. Nous laissons là de côté, les bases sous-marines et les site de lancement pour armes secrètes qui consommaient infiniment plus de béton…
En 1944, l’Organisation Todt employa pour la France pas loin de 300 000 travailleurs, toutes nationalités confondues. Et avant le Débarquement, 600 000 tonnes de béton seront encore coulés par l’OT.
Mais venons-en aux éléments constitutifs d’un blockhaus. En voici quelques uns qui sont abordés ci-dessous.

La ventilation

Les abris bétonnés logeaient de nombreux soldats dans un espace restreint. En outre, certains modèles de poêle pouvaient consommer de l’oxygène ambiant. Enfin, de par leur étanchéité aux gaz, les abris devaient posséder obligatoirement un système parfaitement efficace de ventilation avec la possibilité de décontaminer l’air entrant.
Vous pourrez à l’intérieur du Grand Bunker, découvrir une salle de ventilation complète et bien entendu adaptée à la taille de cette Sonderkonstruktion. Le panneau que vous pouvez apercevoir sur la photo ci-dessus dans son angle inférieur droit, rappelait les consignes à suivre en cas d’attaque par les gaz. De nombreuses autres indications inscrites sur le béton rappelaient en différents endroits les consignes à suivre dans chaque situation.
Le type de ventilateur le plus couramment installé dans les abris bétonnés avait un débit de 1,2 m³ par minute. C’est le ventilateur HES 1.2 (Heeres-Einheits-Schutzlüfter).
L’air entrant passait en premier lieu par un filtre dépoussiéreur. L’air ainsi filtré arrivait au ventilateur, actionné par un jeu de manivelles ou électriquement. En cas d’attaque aux gaz, une cartouche intermédiaire était installée entre le ventilateur et l’arrivée d’air. On peut d’ailleurs apercevoir les cartouches de réserve rangées au sol sur la photo ci-dessus.
L’air ainsi nettoyé repartait dans les conduites d’aération pour être restitué à l’intérieur de l’abri. L’air intérieur pollué et en surpression était évacué à l’extérieur par des bouches de surpression à contrepoids.
Hors combats, l’abri était ventilé naturellement par les portes laissées ouvertes.

Le chauffage

Trois poêles principaux servaient de chauffage à l’intérieur des abris. Le WT 80, sans plaque de cuisson (ohne Kochplan) ; le WT 80K, avec plaque de cuisson (mit Kochplan) et WT 120 qui possédait aussi une plaque de cuisson. Cette dernière permettait aux soldats de chauffer leur gamelle ou du café à leur retour de garde…
La grande différence entre ces modèles de poêle tient surtout au fait que pour le modèle WT 120 une arrivée d’air extérieure évitait que le poêle consomme de l’oxygène dans la pièce où se trouvaient les soldats.
Les hommes devaient suivre scrupuleusement les consignes pour éviter toute asphyxie au monoxyde de carbone et des rappels signifiés sous différentes formes ne manquaient pas de leur rappeler. Le problème était suffisamment pris au sérieux puisque les abris disposaient d’équipements spéciaux pour faire face à une éventuelle dispersion du très toxique monoxyde de carbone, gaz qui, rappelons-le, est totalement inodore.
Le poêle présenté au Grand Bunker est un poêle de type WT 80K.

Le repos

Les lits sont escamotables, au besoin, comme dans la Kriegsmarine pour libérer de la place. Il s’agit de lits tubulaires et superposés. Ils sont généralement installés par trois. Quelque fois les structures de literie peuvent être en bois.

Les transmissions

Le Grand Bunker abritait un important centre de transmissions. Vous pourrez ainsi voir à quel point les transmissions allemandes étaient variées et sophistiquées. Le Mur de l’Atlantique pour jouer son rôle défensif à plein devait être en mesure de faire communiquer de manière particulièrement efficace tous ses éléments constitutifs. Chaque positions fortifiées disposaient de multiples moyens de communication. Ils allaient des simples tubes acoustiques aux multiples postes de transmissions radios en passant par des instruments de signalisation optiques et des téléphones variés. Dans la catégorie des téléphones, le simple téléphone de campagne et le téléphone mural sont très utilisés. Les cables reliant les différents appareils filaires étaient blindés et enterrés. Pour les appareils utilisant des bandes de fréquences en émission-réception, des puits spéciaux permettait le déploiement d’une antenne à l’extérieur du toit.
La salle des transmissions du Grand Bunker est amplement garnie. Elle vous permettra de balayer un vaste et riche échantillonnage de matériels essentiels à la vocation du Mur de l’Atlantique et notamment un imposant central téléphonique propre aux Postes de Commandement.

Les soins

Les positions défensives du Mur de l’Atlantique disposaient de différentes infrastructures médicales. Les installations couvraient un spectre qui allait du bloc sanitaire bétonné de premiers secours au centre hospitalier sous abri. Sur le littoral on rencontrait fréquemment des abris renforcés de différentes tailles qui faisaient office d’Infirmerie.
Les infirmeries lourdes peuvent, suivant leur plan de construction, compter un sous-sol destiné aux différentes machineries. De manière générale elles disposent de plusieurs salles de soins, de chambrées pour blessés…
Comme les autres abris, on voyait souvent des Ringstands qui se trouvaient intégrés au blockhaus principal.
Pour les blessés graves, ces derniers étaient la plupart du temps acheminés vers des hôpitaux appropriés.

L’armurerie

L’armurerie du Grande Bunker met en scène un arsenal d’armes en tout genre et illustre à merveille la diversité des munitions dont un point d’appui devait disposer pour tenir retranché derrière le Mur de l’Atlantique… Les soldats, théoriquement, devaient pouvoir soutenir un siège de 60 jours !

Les vivres

Chaque point d’appui devait stocker des vivres en prévision d’une confrontation avec l’assaillant qui le couperait de ses arrières. Cela répondait encore à la directive N° 40 d’Hitler excluant la possibilité d’une reddition par manque de vivres ou de munitions. Il fallait résister jusqu’à la limite extrême !

La protection rapprochée

La plupart des constructions du Mur de l’Atlantique possédaient des créneaux de tirs intérieurs prenant en enfilade le l’espace menant à l’entrée. Le dispositif comptait une embrasure munie d’une plaque de blindage coulissante, au travers de laquelle il était possible de faire feu à l’aide d’une mitrailleuse.
Un créneau de défense extérieur pouvait s’ajouter à la couverture intérieure. Il consistait en une embrasure permettant de couvrir l’entrée perpendiculairement. Comme le créneau intérieur, ce créneau était muni d’une plaque de blindage coulissante.
Puis venaient les différents plans de Ringstands avec mitrailleuses, cloches blindées ou tourelles de chars.
Les canons de Flak pouvaient parfois être mis à contribution et suivant la logique de couverture mutuelle des différents éléments défensifs, pouvaient faire feu sur des cibles terrestres.

L’Observation et la Direction de Tir

Hitler ordonna dès 1942 (toujours dans la fameuse directive N° 40) le déploiement de plusieurs lignes de défenses en profondeur sur le littoral du Front Ouest.
Bien souvent les batteries côtières formaient la seconde et dernière ligne de défense.
Il fallait donc à ces batteries dites aveugles un Poste d’Observation et de Direction de Tir. Mais cela reste également vrai pour les batteries côtières qui pouvaient surveiller directement l’horizon maritime qui s’offrait à elles. Pourquoi ?
Tout simplement car le Poste d’Observation et de Direction de Tir, pour remplir son office est doté en premier lieu d’un télémètre, un puissant appareil optique. Celui-ci permet de calculer la distance à la cible. Donnée qui permet ensuite au Poste de Direction de Tir de calculer l’angle de trajectoire à donner aux canons pour qu’ils réussissent un tir au but sur leur cible marine. Pour finir le Poste de Commandement synthétise les données du Poste de Direction de Tir et transmet les ordres pratiques de tir.
Les deux niveaux du Grand Bunker permettent de saisir aisèment le lien entre l’Observation, le Poste de Direction de Tir et le Poste de Commandement.

La vie des soldats allemands dans les blockhaus du Mur de l’Atlantique

La vie quotidienne des soldats sur le Mur de l’Atlantique fut faite d’attente de l’Invasion, de voisinage oppressant, de lassitude loin du pays, de corvées, d’exercices, d’entraînements, de tours de garde, mais aussi de permissions et de moments de détente et de camaraderie.
Espace de vie réduit, les chambrées n’offraient que peu d’intimité. Une petite étagère permettait de loger quelques effets personnels et les images accrochées tentaient de rompre la promiscuité et la monotonie du béton. Une ou plusieurs armoires, en fonction de la place ménageaient quelques espaces de rangement supplémentaires.
Des couchettes superposées sur trois niveaux, quelques chaises, une table, un poêle, l’odeur du café chaud et le manque grandissant de place. Confort spartiate, dépouillé. Ni toilettes, ni eau courante. Des inscriptions laconiques sous forme d’ordres et parfois des fresques peintes pour tenter d’apporter ouverture et couleurs à la grisaille.
Sous une blaffarde lumière ne dépassant pas les 60 watts, les soldats, en dehors de leurs astreintes, dans cet espace clos, lisaient, écrivaient à leurs proches, écoutaient la radio, échangeaient quelques bonnes blagues… Mais le temps était long, de plomb et il fallait tromper ces longs moments d’ennui profond surgissant…
Espace clos destiné à protéger les soldats au combat, le blockhaus de béton et son air raréfié comme dans les U-Boot, abritait une vie quotidienne répétitive qui, du clairon au coucher, était entièrement vouée à faire du Mur de l’Atlantique une muraille défensive infranchissable.
Dans les derniers temps, les soldats de la Wehrmacht étaient particulièrement occupés au renforcement des défenses sur les plages. Renforcement ordonné par le FeldMarschall Erwin Rommel.
Les rumeurs circulaient, les permissions ouvraient des parenthèses. Les soldats faisaient face au large, le regardaient… Et chacun, le scrutant, se demandait si de cet horizon immobile surgirait un jour l’immense vague d’assaut ?

Le Commandement de la 716. ID

La 716. Infanterie-Division
Le secteur de l’embouchure de l’Orne est sous le commandement du Generalleutnant Wilhelm Richter, son PC se trouvant à Caen.
La défense de l’estuaire (Colleville, Ouistreham, Franceville, Merville) est confiée à l’Infanterie-Regiment 736., un bataillon d’Ostruppen (Ost.648), le 119 bataillon de pionniers de forteresse ainsi que le 859 bataillon de pionniers motorisés. Leur secteur est au sud de la localité.
Sur la plage, on trouve un groupe d’artillerie côtière de l’armée de terre (la 1. / 1260 Heeres-Küsten-ArtillerieAbteilung). Nous pouvons aussi compter dans les effectifs terrestres 200 membres de l’organisation Todt, composés de nombreux Autrichiens d’un âge certain.
Quant au port, il est le centre de mouillage de la 10. Raumboots-Floffille commandée par le Kapitänleutnant Herbert Nau. Sont à sa disposition, 15 dragueurs de mines, 1 escorteur rapide, réquisitionnés et armés.
A l’aube du 6 juin, toutes armes confondues, les effectifs allemands à Ouistreham peuvent s’évaluer à environ 2 000 soldats.

« Ouistreham en guerre – Sword Beach – Juin 1944 » aux Editions Heimdal, par Fabrice Corbin, Conservateur du Grand Bunker, Musée du Mur de l’Atlantique.

La Heer et la Kriegsmarine

La Kriegsmarine se montre bien peu présente dans le secteur qui va de l’Orne, à l’Est, au Cap Fréhel, à l’Ouest. Le Commandement Mer pour la Normandie est situé à Cherbourg. Il supervise commanderies, capitaineries ainsi que les différents relevant de son autorité.
La Flottille de surveillance portuaire installée à Cherbourg, dispose de plusieurs groupes dont un, basé à Ouistreham.
Dans le port de Ouistreham est donc basé une flottille de vedettes-dragueurs, la 10./Raümboots Flotille.
Ci-dessus, posent pour la photographie des marins de cette flottille devant une Villa de Riva-Belle.
La 10./Raümboots Flottille rejoint sa base de Ouistreham en avril 1942.
Sa mission principale consiste à draguer les mines dans l’estuaire de la Seine.
Elle est au mois de mai 1944 placée sous les ordres du Kapitänleutnant Herbert Nau qui dispose d’une flottille d’une vingtaine de navires.
Cette flotille n’engagera pas la gigantesque armada faisant face à Sword au matin du 6 juin 44.

« Ouistreham en guerre – Sword Beach – Juin 1944 » aux Editions Heimdal, par Fabrice Corbin, Conservateur du Grand Bunker, Musée du Mur de l’Atlantique.

L’estuaire de l’Orne, un lieu stratégiquement historique

Le choix allemand d’implanter de part et d’autre de l’estuaire de l’Orne une importante structure militaire de défense n’est pas dû à la conjoncture du conflit de l’époque. De tous temps, le site de Ouistreham a eu un intérêt stratégique indéniable, étant un passage obligatoire à l’accès maritime de la ville de Caen.
En se déplaçant sur la route Caen-Ouistreham, nous pouvons facilement deviner, en arrivant à Ouistreham à droite, à la hauteur des réservoirs de pétrole, une protubérance de terre, de forme rectangulaire, placée entre la route et l’actuel canal (ancien lit de l’Orne).
Il s’agit en fait, des vestiges d’un camp gaulois, dominant la rivière à l’époque d’une quinzaine de mètres, régissant ainsi le trafic portuaire, et prévenant des invasions.
Succèdent les Romains qui ne négligent en rien l’endroit, ils s’y installent pour quelques siècles. Puis viennent les Saxons qui attaquent le petit camp retranché et chassent l’occupant romain, au prix de 315 guerriers tués lors de l’assaut; ils reposent encore de nos jours à cet endroit. Quant aux corps des vaincus romains, il n’en reste aucune trace.
Au XIème siècle, les chantiers navals de Ouistreham sont choisis par Guillaume le Conquérant pour y construire quelques bateaux destinés à l’invasion prochaine de l’Angleterre. A noter que les Allemands font de même et implantent sur les bords du canal un chantier où sont fabriquées des vedettes rapides. (Schnellboote).
De nos jours, une grande surface de béton est appelée le Slip allemand.
En 1757, la France et l’Angleterre entrent en guerre pour une durée de 7 ans. Dans la nuit du 12 juillet 1762, ayant eu des renseignements sur l’affrètement de quinze navires du roi Louis XV chargés de bois destiné à la construction navale de Brest et mouillés dans l’estuaire de l’Orne, les Anglais envoient une escadre afin de détruire ces navires. Des chaloupes armées sont alors affectées à la neutralisation de la redoute de Ouistreham. Après une courte bataille, les Anglais tuent sept canonniers et en font prisonniers seize. Dès que les navires anglais ouvrent le feu sur la redoute de Sallenelles, tous les habitants de Ouistreham, mis en alerte s’enfuient dans la campagne, excepté le sergent Michel Cabieu, garde-côte de la compagnie de Ouistreham, un des rares hommes survivant de la localité, la majeure partie de la population mâle ayant été décimée par cinq années de guerre. N’écoutant que son courage, il se porte seul au devant de l’ennemi, muni d’un simple tambour et de quelques mousquets. Profitant de la pénombre, il feint être toute une compagnie tirant de part et d’autre, sonnant la charge avec son tambour et donnant des ordres à une armée imaginaire. Les Anglais, stupéfaits, croyant être assaillis de toute part par un ennemi supérieur en nombre, battent en retraite, oubliant par la même occasion l’officier qui les commandait, celui-ci ayant été grièvement blessé à la cuisse par le courageux sergent. Ce fait d’armes en fait un héros national. De nos jours, une rue porte son nom et rappelle ces événements.
Dès le XVIe siècle, Ouistreham est pourvu d’une batterie, servie par une milice locale.
Ce petit corps de garde est situé à l’extrémité de la pointe du Siège. Devant les innombrables incursions anglaises, la décision de moderniser celle-ci est prise en 1779. En fait, elle fait partie d’un ensemble défensif formé par la redoute de Franceville-Ouistreham et de Colleville-sur-Orne. De nos jours, subsiste encore une enceinte centrale située rue Boivin-Champeaux.
Sous Napoléon III, il faut signaler le projet de construction d’un grand port de guerre, le site ayant attiré l’attention par la présence d’une fosse naturelle marine (appelée Fosse de Colleville) étant susceptible d’accueillir des navires de bataille de fort tonnage. Ce projet fut abandonné, Cherbourg ayant remporté les faveurs des ingénieurs militaires.

« Ouistreham en guerre – Sword Beach – Juin 1944 » aux Editions Heimdal, par Fabrice Corbin, Conservateur du Grand Bunker, Musée du Mur de l’Atlantique.

Des maisons rasées pour transformer Ouistreham en place forte

Le 19 juin 1940, l’armée allemande investit Ouistreham. Très rapidement, l’occupant se rend compte de l’importance de la place. Des pièces de DCA font leur apparition de part et d’autre de la cité. L’artillerie de campagne est installée début 1941 sur la hauteur, au sud de Colleville-sur-Orne. Beaucoup d’obus tirés pendant l’entraînement s’abattent sur la ville, causant de nombreux dégâts.
Pendant les années 40-41, tant que le haut commandement allemand pense pouvoir débarquer en Angleterre, les constructions militaires allemandes ne sont que sommaires et provisoires.
La cité devient alors une ville de garnison avec tous les inconvénients: réquisition des villas, couvre-feu, interdictions et contrôles en tous genre.
En 1942, les Allemands adoptèrent une attitude plus défensive que conquérante. Face aux Anglais invaincus, toute la cité balnéaire devient un No Man ‘s Land sur une profondeur de 4 000 mètres ou tous les déplacements sont contrôlés par la Feldgendarmerie. Dès lors commence l’édification du Mur de l’Atlantique confiée à l’organisation Todt. Des entreprises allemandes, belges, italiennes voire françaises et le 11e bataillon de pionniers de forteresse s’installent à Ouistreham pour un gigantesque chantier. Sur le front de mer est décidé la destruction de 123 villas et habitations en tous genre pour faire place à l’implantation d’une batterie constituée d’un système défensif extrêmement, raffiné. Cet ensemble est composé d’environ 80 ouvrages bétonnés, 22 pièces d’artillerie de toutes sortes. Les plus gros calibres sont des 155 mm K 420 F d’une portée de 21,3 km sur encuvement béton, complétés par 4 canons de 75 mm FK 38 sous casemates blindées dont une seule sera achevée le 6 juin, 7 pièces de 50 KWK dont 4 placées sous casemates, 4 pièces de Flak 20 mm dont une placée sur un mirador, une autre dissimulée sur le toit d’une villa, une sur les caves du casino et une sur le toit du P.D.T. Un mortier de 50 mm, un autre de 81 mm ainsi que deux tourelles blindées pour MG 34 sur abri complété par de nombreuses tranchées et tobrouks. Deux très importants souterrains longent la plage et desservent tout cet ensemble sur une distance de 400 mètres.
Des abris pour le personnel, des stocks de vivres, de munitions ainsi qu’une boulangerie, écurie et un atelier destiné à l’entretien des véhicules sont constitués à l’intérieur du périmètre. Un bunker muni d’un groupe électrogène alimente en électricité tout ce complexe. Au milieu de tout ce dispositif, un poste de direction de tir est édifié servant d’observatoire, de station radio et téléphonique, le tout protégé du côté sud par un vaste fossé antichar bétonné. Sur les plages, réseaux de barbelés, asperges de Rommel, mines, tétraèdres en béton et pièges en tous genre. A l’intérieur de l’enceinte une 2e ligne de défense antichar formée par des alignements de dents de dragons en béton. En 1943, les caves du casino présentant un certain intérêt, on décide l’arasement de celui-ci. Le plancher est renforcé par une épaisse couche de béton, sur son sommet, un tobrouk pour MG 42 et une pièce de Flak 20 mm sur encuvement pouvant servir de pièce antichar pour des combats rapprochés. Dans les soubassements, des meurtrières pour MG sont aménagées de part et d’autre de l’ouvrage.
Une seconde batterie est construite près du château d’eau, sur la route de Saint-Aubin d’Arquenay. Elle est pourvue de quatre casemates pour canons de campagne de 105 mm (FH 16 MG d’une portée de 12 km).
Seules trois seront achevées le 6 juin, (en fait, à cette date il n’y a que quatre pièces de 75 mm K 231 F, d’une portée de 8 km totalement hippomobiles). Le tout est accompagné de soutes à munitions et d’une dizaine d’abris pour les artilleurs. L’ensemble est ceinturé de tranchées et de tobrouks pour MG. Un vaste champ de mines protège l’ensemble contre l’infanterie. Des pieux de bois reliés entre eux par des câbles, sont plantés dans la plaine afin de prévenir les atterrissages de planeurs, le tout en liaison téléphonique et radio avec le P.D.T.
En ce qui concerne le port et les écluses, le système est composé, à l’extrémité de la jetée, d’une cloche cuirassée pour deux mitrailleuses MG 34. Près de l’écluse aval, un canon Flak 20 mm sur encuvement est accolé à un abri pour le personnel. Aux alentours du phare, 3 casemates et cinq tobrouks pour MG. A la pointe du siège, 3 casemates de flanquement sont alignées pour des canons antichars de 50 mm KWK. Quant à l’estuaire de l’Orne, il est obstrué par un pont qui relie la batterie de Riva à celle de Franceville. Celui-ci est alors consolidé par des câbles d’acier afin d’interdire l’accès de l’Orne aux vedettes ennemies qui tenteraient de s’infiltrer dans les terres.

« Ouistreham en guerre – Sword Beach – Juin 1944 » aux Editions Heimdal, par Fabrice Corbin, Conservateur du Grand Bunker, Musée du Mur de l’Atlantique.

Le splendide et typique casino normand rasé lui aussi et transformé en point de défense anti-aérienne

Il est construit dans les années 30 dans un style normand où le bois et les briques apparents ne sont pas sans rappeler les somptueuses villas de la Côte Fleurie mais arborant un aspect extérieur moins luxueux et tapageur que ses confrères de Trouville, Deauville. Avec l’avènement de 1936 et des congés payés, la plage et le casino prennent un essor considérable. Ce progrès économique est stoppé avec l’entrée en guerre de la France en 1939.
Il est abattu en 1943, victime du plan de l’occupant allemand de transformer la face maritime de la station balnéaire en forteresse. Les sous-sols couvrant une surface d’environ 500 à 600 m² sont conservés et consolidés à grand renfort de béton.
C’est certainement sa surface importante qui décide les services de renseignements anglais de faire de ce casino un objectif primordial du Jour J, puisque la majorité des opérations sont basées sur des prises de vues aériennes, celles-ci ne faisant apparaître des sites étudiés qu’un aspect plat et sans relief.

« Ouistreham en guerre – Sword Beach – Juin 1944 » aux Editions Heimdal, par Fabrice Corbin, Conservateur du Grand Bunker, Musée du Mur de l’Atlantique.

Ouistreham métamorphosé en ville de garnison et en immense chantier du Mur de l’Atlantique

A partir du 19 juin 1940, la petite ville de Ouistreham devient rapidement une ville de garnison ennemie, avec tous ses inconvénients (contrôle des personnes, de leurs déplacements, interdiction en tous genres, couvre-feu, réquisition des villas affectées au logement des troupes). La Wehrmacht installe sa Kommandantur dans une villa boulevard Joffre, quant à celle de la Kriegsmarine, elle se trouve boulevard Boivin-Champeaux. Des femmes de petite vertu font leur apparition, (comme dans tout endroit où il y a des soldats). On signale une augmentation alarmante des menus larcins tels que le vol de poules, de lapins de denrées alimentaires même au détriment de l’occupant, explicable par la pénurie qui sévit alors. L’activité portuaire tombe à zéro, à part les aller et venues de vedettes rapides de la Kriegsmarine.
1942 marque un tournant décisif, les Anglais prennent l’initiative, possédant la suprématie aérienne. Dès l’instant où la décision de construire le Mur de l’Atlantique est prise, l’attitude de l’occupant s’en ressent nettement. En effet, pendant les années 40-41, la population est témoin de mutations permanentes des unités en poste à Ouistreham, une atmosphère de détente régnant dans leurs rangs.
Les réquisitions des travailleurs se font de plus en plus nombreuses, étant donné l’importance des travaux envisagés par les Allemands pour la construction du Mur de l’Atlantique. Afin de motiver les ouvriers français, le salaire d’une journée de travail pour l’occupant correspond au double du tarif en vigueur. Ce qui n’a alors aucune conséquence pour les finances du Reich puisque l’argent ainsi distribué n’est en fait que de la monnaie de singe. Pour les jeunes Ouistrehamais, le travail dû à l’Organisation Todt présente un certain intérêt puisqu’il peut ainsi leur éviter le STO et le départ pour l’Allemagne.
Face à l’accroissement des effectifs militaires et des travailleurs de l’organisation Todt ainsi que des nombreuses entreprises étrangères de bâtiment, des entreprises françaises sont chargées, contre rémunération, du ravitaillement alimentaire et de l’entretien vestimentaire de toute la troupe. De nombreuses altercations sont à déplorer entre les habitants de la ville et des ouvriers étrangers, ceux-ci profitant de l’état de siège pour piller et saccager les villas désertées par leurs propriétaires. Devant la nécessité de trouver de la nourriture à tout prix, quelques habitants de Ouistreham obtiennent des autorités allemandes, l’autorisation d’aller ramasser des coquillages sur la plage. Pour y accéder, ils sont dans l’obligation de traverser de dangereux champs de mines suivant des couloirs plus ou moins bien délimités. Nombreux d’entre eux le paieront de leur vie.

« Ouistreham en guerre – Sword Beach – Juin 1944 » aux Editions Heimdal, par Fabrice Corbin, Conservateur du Grand Bunker, Musée du Mur de l’Atlantique.

L’arrivée du Feldmarschall Erwin Rommel en Normandie et sa première visite sur le Stutzpünkt 08

Le 3 novembre 1943, le maréchal Rommel a été nommé par Hitler Inspecteur général des défenses de l’Ouest et chef du Heeresgruppe B. Son commandement s’étend de l’embouchure de la Loire jusqu’aux côtes de Hollande. Depuis sa prise de fonction, ses visites sur la côte normande se sont multipliées. Rommel fera deux visites à Riva-Bella : la première aura lieu dans l’après-midi du 9 mai 1944 pour inspecter le secteur de la 716. ID. Visitant les plages de Riva-Bella, il déclare sa satisfaction en voyant la densité des défenses déjà posées (asperges, mines, tétraèdres). Quelques jours auparavant, le 27 avril, les deux batteries avaient reçu un tapis de bombes. Il constate peu de dégâts résultant de cette opération, les casemates ont bien résisté.

« Ouistreham en guerre – Sword Beach – Juin 1944 » aux Editions Heimdal, par Fabrice Corbin, Conservateur du Grand Bunker, Musée du Mur de l’Atlantique.

Les civils dans la tourmente de l’Occupation

La Royal Air Force veut occuper l’espace aérien, elle entame une politique de harcèlement et mitraille régulièrement des objectifs incertains. Le 19 juin 1942, les pilotes de Ouistreham en feront les frais. Leur vedette est mitraillée et cinq d’entre eux sont tués.
Cependant, l’audace des Anglais leur vaut de nombreuses pertes dues à l’efficacité de la Flak allemande : on peut dénombrer au moins cinq chasseurs abattus et tombés en mer. Un autre, un Spitfire de la RAF, vient s’encastrer dans la villa « la Lisette » , place Alfred-Thomas, à moins de cinquante mètres du canon qui l’a touché. Le pilote est inhumé par les Allemands avec tous les honneurs militaires au cimetière de la commune.
Plus dramatique encore, de retour d’un raid, une forteresse volante B 17, endommagée par la Flak, fait un atterrissage forcé sur l’île aux oiseaux (banc de sable formé par les alluvions déposées par l’Orne) et prend feu immédiatement. Tout l’équipage périt carbonisé, les secours étant bloqués par la marée haute, les isolant ainsi de la terre ferme.
En avril de la même année, un autre bombardier en difficulté fait un largage forcé de son chargement de bombes, touche les environs du port sans grands dégâts matériels mais blessant grièvement une femme du village : une de ces jambes est emportée par un éclat.
L’intensification des bombardements de la ville atteint son apogée, meurtriers et destructeurs dès les premiers mois de 1944. Ces opérations aériennes font partie d’un vaste plan orchestré par le Bomber Command allié pilonnant systématiquement les sites du Mur de l’Atlantique, des côtes du Pas-de-Calais à celles de Bretagne, en insistant plus particulièrement sur les plages du Nord de la France afin de conforter les Allemands dans la certitude que les Alliés choisiront ces plages plus propices à un débarquement plutôt que celles de Normandie, celles-ci ayant une topographie variée et irrégulière.
Toutes opérations militaires de grande envergure paraissent alors incertaines et hasardeuses dans notre région.
Le 27 avril 1944, un tapis de bombes est largué sur Riva-Bella, visant la batterie du bord de mer. Un périmètre compris entre l’avant port, le boulevard Docteur Charles-Poulain et l’avenue Victor-Hugo est alors ravagé. 24 maisons sont soufflées par les explosions, neuf civils qui n’ont pas encore évacué leur habitation sont tués ainsi que dix ouvriers requis habitant la commune et travaillant à la construction des Blockhaus. Les pertes allemandes s’élèvent à sept soldats.
Le 9 mai, un raid tout aussi important a lieu.
Cette fois, la batterie du château d’eau en est le principal objectif. Malgré sa position assez éloignée des premières habitations, le bourg est écrasé par les bombardements, sans que pour cela il n’y ait de dommages causés aux casemates d’artillerie. Le 1er juin, l’opération est renouvelée et se déroule dans les mêmes conditions avec des effets identiques. Résultat de ces deux raids: neuf morts parmi les civils ainsi que de nombreux blessés et des quartiers entièrement dévastés.
Ces bombardements, malgré les nombreuses victimes civiles et les destructions, auront des effets bénéfiques, en réconfortant la population dans l’idée que ces opérations sont les préliminaires d’un projet plus ambitieux : un débarquement en France, affectant largement par la même occasion, le moral des troupes allemandes et les incitant à déplacer leur artillerie vers Saint-Aubin d’Arquenay.

« Ouistreham en guerre – Sword Beach – Juin 1944 » aux Editions Heimdal, par Fabrice Corbin, Conservateur du Grand Bunker, Musée du Mur de l’Atlantique.

La seconde et dernière visite de Rommel en Normandie s’est faites à Ouistreham, sept jours avant le Débarquement

Rommel revient la seconde fois le 30 mai, soit sept jours avant le débarquement pour une démonstration de Nebelwerfer qui aura lieu à Riva-Bella et à Lion-sur-Mer en présence de nombreux généraux : Salmuth, Marcks, Kuntzen, Krancke et Dollmann. Ils sont impressionnés par la puissance de feu qu’offrent ces fusées, nouvelles armes venues du Front de l’Est. Rommel insiste une nouvelle fois sur la nécessité d’avoir d’excellentes relations avec la population de Ouistreham et de bien rémunérer les ouvriers requis dans la localité afin d’obtenir un meilleur rendement et un travail de qualité.

« Ouistreham en guerre – Sword Beach – Juin 1944 » aux Editions Heimdal, par Fabrice Corbin, Conservateur du Grand Bunker, Musée du Mur de l’Atlantique.

Une construction de 17 mètres pour voir de Pegasus Bridge jusqu’à Quinéville dans le Cotentin

Une construction très rare sur le Mur de l’Atlantique ! Elle a été sauvé de la démolition et de l’oubli grâce à la détermination et à l’énergie des propriétaires qui entreprirent de le racheter à la Marine Nationale pour le restaurer entièrement et le transformer en Musée du Mur de l’Atlantique au service de la Mémoire et des générations futures.
Cette Sonderkonstruktion forte de ses 17 mètres embrassait l’intégralité de la baie de Seine et, fait curieux, offre au regard la possibilité avec cette hauteur et l’appareil d’optique qui s’impose d’atteindre Quinéville, extrémité occidentale du Débarquement. Quinéville fait partie du secteur américain d’Utah Beach dans le Cotentin, bourgade située sous Montebourg, lui-même sous Cherbourg.
Une construction fort exceptionnelle qui concentre des fonctions militaires qui en font un lieu tout aussi exceptionnel ! Le Grand Bunker commandait plusieurs batteries participant à la défense de l’estuaire de l’Orne et des plages qui allaient devenir celles du D-Day.

5 niveaux pour des fonctions concentrées dans un seul et unique blockhaus

Poste d’Observation, Poste de Direction de Tir, Poste de Commandement… Le Grand Bunker est tout cela à la fois !
Le Grand Bunker est un lieu unique, pour un Musée unique, consacré au Mur de l’Atlantique. A lui seul, il constitue un véritable concentré du Mur de l’Atlantique. En ce lieu exceptionnel, par son caractère de construction spéciale, s’offre à la visite un abrégé complet du Mur de l’Atlantique, ce chantier gigantesque de 4 000 km, entrepris par l’Organisation Todt sur ordre d’Adolf Hitler.
Etagé, le Grand Bunker dévoile ses pièces soigneusement reconstituées pour faire revivre les tâches quotidiennes qui incombaient aux soldats, aux officiers et sous-officiers qui l’habitaient. De palier en palier, on découvre les principaux aspects de ce qui faisait le quotidien des hommes postés sur le Mur de l’Atlantique.
Dans ce seul endroit, à la fois Poste d’Observation, Poste de Direction de Tir, Poste de Commandement, il vous semblera partager un moment de la vie quotidienne des soldats vivants dans cet espace confiné de béton. Vous pourrez détailler tout l’appareillage qu’implique un Poste de Commandement. Vous saisirez également l’imbrication intime existant entre le Poste d’Observation et le Poste de Direction de Tir. Au fil de la visite, il vous paraîtra de plus en plus évident que vous progressez dans un véritable centre névralgique de Commandement multifonctions abrité dans cette très spéciale Sonderkonstruktion de 17 mètres de haut.
Le Grand Bunker restitue de manière totalement incomparable un moment d’Histoire authentique du Mur de l’Atlantique, le mur de la Forteresse Europe !

Les plages du D-Day face au Mur de l’Atlantique

Le Mur de l’Atlantique, même si il ne ressemblait pas à celui d’une Forteresse fut malgré tout utilisé par la Propagande dans ce sens. La Propagande vantera, avec une débauche de moyens, le Mur de l’Atlantique sensé faire de l’Europe occupée une inexpugnable Forteresse. Ceci dit, les Alliés ne minimisèrent en rien les capacités défensives du Mur de l’Atlantique constamment renforcées. D’autant plus que Rommel était devenu Inspecteur Général des défenses de l’Ouest. Les vols de reconnaissance aérienne étaient innombrables au-dessus du Mur de l’Atlantique en Normandie en prévision du D-Day. La surveillance quotidienne était poussée au maximum et la Résistance locale participait de manière irremplaçable à ce travail de Renseignement. Le Mur de l’Atlantique n’était pas que Propagande pour les Alliés et ce n’est pas pour rien que le Débarquement ne se fit pas dans le Pas-de-Calais, justement là où le Mur de l’Atlantique se montrait le plus redoutable.
Les Alliés prirent également soin de développer des engins blindés spéciaux pour affronter les défenses du Mur de l’Atlantique et faciliter le Débarquement en Normandie. La 79th Armoured Division sera créée en avril 1943 et commandée par le Major-General Sir Percy Hobart. Et l’expérience montrera qu’ils ne seront pas inutiles !
Sur chaque plage de Débarquement, les Alliés feront face aux défenses du Mur de l’Atlantique. Le Mur de l’Atlantique, sur certains secteurs infligera aux Alliés de très lourdes pertes.
Le Musée du Mur de l’Atlantique s’attache à conserver la mémoire de ces défenses qui omniprésentes sur les plages de Normandie opposèrent aux Alliés une résistance qu’il fallait coûte que coûte vaincre pour ne pas, suivant le voeu de Rommel, être rejeté à la mer.

Le D-Day à Ouistreham sur la plage codée Sword Beach

07h20 : Le jour s’est levé et les chars « Flail » (Sherman doté à l’avant d’un équipement spécial pour faire exploser les mines) du 22nd Dragoons sont les premiers à atteindre la plage avec des équipes de sapeurs. Les premiers chars AVRE (Armoured Vehicule Royal Engineers) arrivent à 07h25. Ces blindés engagent le combat avec les défenses allemandes. Des chars DD (Duplex Drive) ou amphibie, fraîchement débarqués se joignent à l’attaque. Les pièces d’artillerie allemandes seront réduites au silence.
07h30 : vingt LCA (Landing Craft Assault) amènent les compagnies d’assaut. A l’Ouest, sur Queen White, les compagnies A et C du 1st South Lancashire. A l’Est, sur Queen Red, les compagnies A et C du 2nd East Yorskhire. Ces compagnies seront bloquées en haut de la plage derrière le mur antichars. Un char « Flail » détruit alors un 75mm qui vient de provoquer beaucoup de pertes aux hommes du East Yorkshire.
Les autres compagnies des deux bataillons d’assaut ainsi que les deux LCI (Landing Craft Infantry) transportant les français du N° 4 Commandos débarquent à leur tour à 07h35. Le N° 4 commando pratique une brèche dans le réseau de barbelés après avoir traversé la plage en chargeant. Les français du Commando Kieffer vers 09h30, prennent après de violents combats, le casino de Ouistreham, rasé et transformé par les allemands en bunker doté d’une solide défense.
10h00. Les hommes du N° 4 commandos atteignent les écluses qui n’ont pas été minées. L’essentiel de la 1st Spécial Service Brigade poursuit sa progression vers le Sud en longeant le canal qui relie Caen à la mer. Vers 13 heures, Lord Lovat, son joueur de cornemuse Bill Millin, des Commandos français avec d’autres commandos de la Brigade, parviennent au pont de Bénouville et entrent en contact avec les hommes du Major Howard. La jonction programmée avec la tête de pont aéroportée est réalisée.

Le D-Day sur Juno Beach

Le 6 juin 1944, la 3e Division d’Infanterie canadienne qui compte trois Brigades est commandée par le Major General Rod Keller. Elle doit débarquer sur un vaste secteur de plage (10 km) : Juno Beach. La 7e Brigade doit débarquer sur « Mike » à l’Ouest (Graye et Courseulles) et la 8e Brigade sur « Nan » à l’Est (Bernières et Saint-Aubin-sur-Mer).
La 3e Division d’Infanterie canadienne a ensuite pour mission de s’enfoncer dans les terres pour atteindre le plateau de Carpiquet : elle doit prendre l’aérodrome.
Les différentes Brigades de la 3ème Division d’Infanterie canadienne sont accueillis par un feu très violent de canons, de mortiers et de mitrailleuses. Les flots recouvrent des milliers d’obstacles de plage…
Bernières est défendue par deux canons antichars, des mortiers lourds, des positions de mitrailleuses, des habitations fortifiées… Les combats seront acharnés et entraîneront de lourdes pertes…
Courseulles oppose aux troupes canadiennes de très nombreuses positions bétonnées qui abritent canons, mitrailleuses, mortiers… Il faudra aux soldats canadiens mener deux assauts et de terribles combats de rues pour venir à bout de la résistance allemande…
Saint-Aubin, Langrune et Gray ne seront pas libérés dès le 6 juin.
Les pertes sont particulièrement sévères au soir du 6 juin :
7e Brigade : 323 pertes dont 118 tués.
8e Brigade : 373 pertes dont 110 tués.

Le D-Day sur Gold Beach Beach

Le secteur de Gold Beach est dominé par des hauteurs à ses deux extrémités. Une baie, à Arromanches sera utilisée pour construire le port artificiel britannique, le Mulberry B. Le 47 Commando aura lui pour tâche de porter ses efforts à l’Ouest pour s’emparer de Port-en-Bessin et faire la jonction avec les américains. Autre objectif principal au soir du Jour J, la ville de Bayeux qui constitue un carrefour routier stratégique. Objectifs essentiels qui devront être atteints depuis les plages offrant aux barges d’assaut des zones praticables. C’est la 50e Division d’Infanterie britannique (Northumbrian) du Major General Graham, qui devra débarquer sur Gold Beach.
Dès 07h30 la Force G de la 50e Division d’Infanterie britannique fait face aux 5 km de plage de Gold Beach divisée en 3 secteurs : « King » de La Rivière au Hable de Heurtot, « Jig » du Hable de Heurtot au Hamel et « Item » du Hamel à Saint-Côme. La 231st Infantry Brigade débarque avec deux compagnies devant le Hamel face à des positions allemandes très déterminées à en découdre. Les troupes débarquées ne progresseront à nouveau, après de durs et violents combats, qu’en fin de journée. La 69th Infantry Brigade plus à l’Est fait également face à une résistance allemande acharnée. L’avancée dans Ver-sur-Mer ne se fera qu’au prix de lourdes pertes. Le 47 Commando qui doit prendre Port-en-Bessin au plus vite ne participe pas aux âpres combats du Hamel. Il se dirige sur Asnelles et arrive sur les hauteurs de Port-en-Bessin en fin de journée. La lutte pour prendre Port-en-Bessin sera longue, difficile et funeste pour de nombreux soldats. Elle ne tombera que le 8 juin.
Bilan de la journée : 25 000 hommes débarqués, 410 hommes hors de combats sur les plages et 90 barges détruites.

Le D-Day sur Omaha Beach

Le secteur d’Omaha Beach s’étend entre Arromanches et Grandcamp (en incluant la Pointe du Hoc assignée aux Rangers). La côte, ici, est élevée. La plage qui s’étend au pied des falaises sur environ 5 km devra malgré tout être investie pour ne pas laisser inoccupé l’espace entre la 1ère Armée américaine et le 2e Armée britannique. Les sous secteurs d’Omaha seront codés Fox, Easy, Dog et Charlie et s’étendent entre Colleville et Vierville-sur-Mer. Cette mission particulièrement dangereuse sera confiée au Ve Corps US. Il est composé de la 1st Infantry Division, la célèbre Big Red One et de la 29th Infantry Division, la Blue and Grey Division.
L’enfer vécu par la première vague d’assaut du Ve Corps US fixera pour longtemps aux plages d’Omaha leur épithète de sanglante. Bloody Omaha… Les bombardements de la Navy et de l’Air Force furent inefficaces. Ils s’abattirent trop à l’arrière des lignes défensives allemandes. La première vague d’assaut américaine dut ainsi faire face à des positions allemandes disposant de tout leur potentiel défensif. Il était resté intact. A l’Ouest la 29th Infantry Division est engagée face à Vierville-sur-Mer et Saint-Laurent tandis que la 1st Infantry Division, à l’Est, est engagée face à Saint-Laurent et Colleville. L’enfer fut indescriptible. Le chaos, l’horreur absolue, régnaient. Le Général Cota dira : « Il y a deux sortes d’hommes ici, les morts et ceux qui vont mourir, alors foutons le camp d’ici ! » Le Général Bradley envisagea même, si la situation ne s’améliorait pas, de rembarquer et détourner la seconde vague d’assaut sur Gold et Utah.
La seconde vague donne l’assaut. Et avant l’heure que le Général Bradley s’était fixé pour modifier ses plans, des signes de progression lui parvinrent, ses troupes ayant percé en plusieurs endroits. Après de sanglants, d’interminables, d’inimaginables combats, les multiples percées permirent de consolider une tête de pont. La sortie vers Le Ruquet codée E(asy)1, l’abominable Wn 62 étant tombé, sera dégagée en début d’après-midi. Une fois le puissant Wn 72 réduit au silence, au prix d’immenses sacrifices, la sortie D(og) 1, à Vierville-sur-Mer, sera ouverte par le Génie, en faisant exploser le mur antichars.
La dernière poche de résistance allemande sera concentrée dans Colleville qui tiendra jusqu’au soir.
En cette fin de journée, l’ensemble des véhicules débarqués seront dirigés vers les deux seules sorties réellement exploitables. Il y en avait quatre de planifiées…
Le bilan à Omaha Beach est épouvantable, tragique. La 29th Infantry Division a perdu 2 400 hommes et la 1st Infantry Division 1750 hommes.

Le D-Day sur Utah Beach

Les divisions américaines de la 82ème et 101ème aéroportées doivent couvrir les flancs sud, ouest et nord de la zone d’assaut d’Utah Beach, en dégageant les sorties de plage, en prenant des ponts sur la Douve et le Merderet et en s’emparant du carrefour routier stratégique de Sainte-Mère-Eglise. Le VIIe Corps US devra constituer une solide tête de pont, couper la presqu’île du Cotentin d’Est en Ouest puis remonter vers le Nord pour prendre Cherbourg. La 4th Infantry Division débarquera sur Utah et opérera sa jonction avec les troupes aéroportées. Elle sera rejointe par la 90th Infantry Division puis par la 9th Infantry Division à J +4 et enfin par la 79th Infantry Division à J +8. Le VIIe Corps US disposera alors de tous ses effectifs pour remplir ses objectifs dans le Cotentin.
05h45, la flotte de débarquement approche de la côte. Les navires de la Task Force 125 ouvrent le feu afin de désorganiser les défenses allemandes.
Quelques minutes plus tard, 276 Marauders de la 9th US Air Force larguent 4 400 tonnes de bombes sur les points d’appui allant du Wn 3 au Wn 10. L‘effet est dévastateur. Les points d’appui sont très lourdement touchés et désorganisés.
De 06h20 à 06h45, les P 47 attaquent les positions à la roquette afin d’achever de les neutraliser.
A 06h40 une vingtaine de LCVP (Landing Craft, Vehicle and Personal) amènent la première vague d’assaut. Le débarquement n’aura pas lieu à l’endroit prévu à cause des forts courants. Les forces de débarquement se retrouvent plus au Sud face au Wn 5. A environ 300 mètres de la plage, les Commandants de Compagnie tirent des projectiles fumigènes spécifiques afin de demander à la Navy d’allonger son tir. Le Brigadier General Theodore Roosevelt prend pied sur la plage avec cette première vague d’assaut et le Wn 5, très éprouvé par les deux bombardements successifs, n’opposera qu’une résistance peu farouche.
Le 237th Engineer Bataillon déblaie la plage et ouvre des brèches dans le mur antichars. Tout sera pratiquement dégagé en une heure.
08h00, le 8th Infantry Régiment et le 3e Bataillon du 22nd Infantry Regiment ont achevé leur débarquement. Le reste de ce second Régiment débarquera à 10 heures.
Dans ce secteur, les principaux objectifs du 7ème Corps US ont été atteints. Le Débarquement a été un succès avec des pertes modérées.

La Libération de Ouistreham depuis Sword Beach

Dans le même temps que l’effort fourni par le N° 4 Commando, les troupes anglaises, fortes de 400 hommes, ont des objectifs aussi importants que les Français. L’une de ces troupes doit se saisir de la Redoute, rue Boivin Champeaux. L’affaire est rondement menée.
Elle poursuit sa progression vers la Batterie du bord de mer, qui est prise ainsi que les bunkers alentours, après un court mais très violent combat.
Dans le même périmètre se trouve, le Poste de Direction de Tir. Intrigués par cette grande tour de béton qui n’a pas été signalée par les services de renseignements, les commandos tentent une approche de cet étrange édifice et sont aussitôt accueillis par une pluie de grenades à manches ainsi que des tirs d’armes automatiques provenant du sommet du bunker. Ils renouvellent l’opération une seconde fois, assistés d’une section de mitrailleurs qui arrose l’édifice de leurs balles essuyant une nouvelle fois un échec. Ils suspendent l’attaque et se replient en emmenant leurs blessés, jugeant cette construction au mur haut et totalement lisse quasiment imprenable. Une autre troupe a pour mission la prise du port et la sauvegarde des écluses. Les Allemands ont largement eu le temps de se ressaisir et de s’organiser, ils se sont solidement retranchés derrière le bassin.
Il est 10 heures quand les Anglais atteignent le port. Les obus de 50 Pak explosent à l’extrémité de l’actuel avenue Général Leclerc. Les commandos, surpris par l’intensité des tirs, se dispersent et s’abritent dans les ruines tout autour du port, répondant coup pour coup au feu ennemi. Les soldats allemands résistent avec ténacité 45 minutes d’un rude engagement n’ont pas raison de leur entêtement. La traversée du canal et la prise de la Pointe du Siège sont alors suspendues.
Le bourg de Ouistreham est très vite inspecté et nettoyé. Les derniers snipers sont délogés.
Il est maintenant 11 h 30, le temps presse, la mission n’est pas terminée. Les commandos retournent rapidement à leur point de débarquement, emmenant avec eux leurs moissons de prisonniers. Ils refont le plein de munitions, et s’enfoncent ensuite à l’intérieur des terres direction Colleville via Bénouville. Nouvel objectif : effectuer la jonction avec la 6th Airborne Division. Après Colleville, les bérets verts traversent Saint-Aubin-d’Arquenay complètement ravagé par les bombardements, essuyant les tirs précis des tireurs d’élite allemands qui sont vite repérés et abattus. Le rendez-vous avec les paras est réalisé à 13 h 30.
Mais revenons à Ouistreham où; la batterie du château d’eau est prise à revers par les chars du 28 East Yorkshire qui ont contourné la ville.
Les Allemands se rendent sans grande résistance et les Alliés font prisonniers par la même occasion 300 hommes d’un Ost-Bataillon fuyant dans la plaine à toute jambe.
Ce n’est que le 7 juin en fin de journée que les Allemands, retranchés au port et à la Pointe du Siège, capituleront face au chars de la 38 division d’infanterie, s’étant vite rendus compte de leur isolement, leur possible retraite coupée par les hommes de la 6th Airborne. Les vedettes de la Kriegsmarine tenteront une remontée vers Caen et seront détruites à Bénouville par les hommes du général Gale. Ouistreham sera totalement libérée dans la nuit du 9 au 10 juin avec la prise du grand Bunker.

« Ouistreham en guerre – Sword Beach – Juin 1944 » aux Editions Heimdal, par Fabrice Corbin, Conservateur du Grand Bunker, Musée du Mur de l’Atlantique.

La neutralisation du Poste de Commandement de Ouistreham

Après la capitulation de la point d’appui lourd de Ouistreham, le site n’est pas investi par les troupes anglaises : il n’a pas d’intérêt à leurs yeux.
Le front étant au sud de la localité, le terrain, truffé de mines et ayant été bouleversé par les violents bombardements, il devient hasardeux d’y établir un cantonnement. Par contre, il subsiste un impressionnant stock de matériaux de construction pouvant être utilisé par le Génie anglais. C’est ainsi que, le 9 juin, soit trois jours après le débarquement, le lieutenant Bob Orrell, Royal Engineers, 91 Field Company RE, 3rd Beach Group attachés à la 3rd Canadian Div., 2nd British Army, reçoit l’ordre de s’assurer du contenu du « Grand Bunker» afin de pouvoir exploiter ce dernier.
Vers 22 heures, il arrive avec trois hommes à bord d’un véhicule aux abords du bunker.
L’entrée est obstruée par deux grosses portes blindées.
Ils décident de placer trois kilos d’explosifs sur les gonds de l’une d’elle, mais l’explosion n’a aucun effet. Ils essaient ensuite de faire sortir la porte de ses gonds à J’aide de barre à mine mais ce n’est guère plus concluant. Ils renouvellent l’opération en augmentant la charge de cinq kilos, ce qui a pour effet de disloquer la porte. Cependant, il leur faudra quatre heures supplémentaires pour pénétrer dans le bunker. En entrant avec leur lampe tempête, ils trébuchent sur deux caisses de grenades qui ont été abandonnées là, dans l’entrée. Ils tombent aussi sur un stock de matériel, entreposé dans la salle des filtres. Soudain, à leur grande surprise, une voix leur demande dans un anglais parfait de monter. Le lieutenant réplique qu’il préfère les voir descendre.
C’est ainsi que 53 Allemands, dont deux officiers, réfugiés dans le bunker depuis le 6 juin, se rendent à un officier britannique accompagné de trois de ses hommes. Enfin, la ville de Ouistreham est totalement libérée.

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Le destin du n° 4 Commando depuis les plages de Sword

5h47 au matin. Les premiers obus tombent sur la ville. La population est terrorisée depuis déjà de nombreuses heures. Pendant la nuit, une multitude d’avions a traversé le ciel et des bruits de bataille se sont fait entendre dans le secteur de Bénouville.
A cette heure, ce ne sont plus des tirs d’armes légères qui embrasent le ciel, mais des obus de 380 mm… ceux du croiseur Frobisher qui atteignent des maisons. Elles s’effondrent comme des châteaux de cartes. Pendant un peu plus d’une heure, les deux batteries de Ouistreham seront prises sous les feux, plus ou moins précis, du croiseur Frobisher.

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6h45. Un pilonnage d’une violence inouïe arrose le littoral. En une quinzaine de minutes, des milliers d’obus et de roquettes s’abattent sur les plages de Sword et ses proches abords.
7h30 . Les bérets verts du Commando n°4 prennent pied sur la plage de Colleville-Montgomery. Ils ont été précédés de 20 minutes par un régiment du East Yorkshire qui a pour mission de pratiquer des brèches dans les réseaux de barbelé et les champs de mines. Les soldats de ce régiment ont été taillés en pièces par les défenses allemandes : morts, blessés et véhicules en flammes jonchent la plage.

« Ouistreham en guerre – Sword Beach – Juin 1944 » aux Editions Heimdal, par Fabrice Corbin, Conservateur du Grand Bunker, le Musée du Mur de l’Atlantique.

Les 600 hommes du commando franco-britannique se jettent sur les casemates allemandes sous les feux croisés des mitrailleuses et des mortiers allemands. Les derniers bunkers sont réduits à la grenade et au P.I.A.T. Les roquettes à charge creuse ont un effet extrêmement meurtrier sur les servants des pièces anti-char. En vingt minutes, toutes les troops sont débarquées et le mythique Mur de l’Atlantique est franchi. Les rassemblements se font dans les ruines des colonies de vacances de Colleville.
Environ 40 commandos sont restés sur la plage, morts ou blessés. Malgré ses blessures reçues lors du débarquement, le commandant Philippe Kieffer rameute rapidement ses hommes et récupère une troupe anglaise qui a perdu son officier. Après un rapide briefing, les 210 soldats se lancent enfin à l’assaut de la forteresse de Ouistreham.
Il est alors 8h20.

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Deux troupes prennent la route de Lion, une autre, le boulevard Maréchal-Joffre. Ces deux axes sont parallèles aux bords de plage.
Les casemates et les nids de mitrailleuses pris à revers sont nettoyés un à un, certains au lance-flammes, arme idéale et persuasive pour ce genre de combat. Les défenses allemandes n’ont pas été totalement anéanties par les bombardements. Les défenseurs du camp retranché réagissent de toutes leurs armes. Les Snipers embusqués dans les villas font des ravages dans les rangs des commandos.

« Ouistreham en guerre – Sword Beach – Juin 1944 » aux Editions Heimdal, par Fabrice Corbin, Conservateur du Grand Bunker, le Musée du Mur de l’Atlantique.

Il est environ 9 heures, quand les commandos français atteignent leur objectif : le fortin du casino. La progression de la troop est stoppée au bout de la rue Pasteur, par des obus de 20 mm tirés depuis le casino. Un providentiel mur anti-char obstrue complètement la rue et protège les commandos des tirs meurtriers. Ceux-ci tentent de mettre en batterie les P.I.A.T. et les K. Guns. Leur initiative est immédiatement récompensée par des salves d’obus et une grêle de balles de MG, tirée à la fois du casino et du belvédère, ce dernier situé à la gauche des bérets verts.
Le commandant Kieffer analyse très rapidement la situation. Au bout de quelques minutes d’engagement, déjà deux hommes ont péri et de nombreux blessés gisent dans les décombres des habitations alentours. Il serait fou de tenter un assaut de force du casino. Le fossé anti-char et les denses réseaux de barbelé interdisent toute option de ce genre.

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La troupe 8 et les sections K. Guns, qui ont emprunté les rues parallèles à la plage, sont elles aussi stoppées à 300 m à la gauche du casino et comptent de nombreuses victimes. A cette heure, les troupes anglaises ont emboîté le pas des Français et se sont infiltrées dans toute la ville sous la protection des chars Duplex Drive du 13/18 Royal Hussars. Le commandant déroute l’un des leurs et’ s’installe à côté de sa tourelle dirigeant ainsi le tir du blindé : deux coups dans le canon du casino qui se tait immédiatement. Nouvelle cible : le belvédère. Quatre obus, la pièce bascule dans le vide, les servants anéantis. A cet instant, les commandos surgissent de partout et donnent l’assaut final sur le fortin. Les Allemands, sentant la partie perdue, sortent par groupes des souterrains et des blockhaus et se rendent. Les plus récalcitrants sont vite persuadés à grand renfort de lance-flammes et de grenades offensives.

« Ouistreham en guerre – Sword Beach – Juin 1944 » aux Editions Heimdal, par Fabrice Corbin, Conservateur du Grand Bunker, le Musée du Mur de l’Atlantique.